Conseils pour écrivains

J’ai fouillé dans mon ordinateur. Il y a des jours où je fais ça. J’aime bien. Ce doit être un coup tordu de mon goût pour la nostalgie. Revenir en arrière alors que certains ne prônent que l’instant présent est une étrange rébellion. Je cherche quelque chose qui déclencherait quelque chose. Tu ne comprends pas ? Je relis d’anciens textes et comme quand on ouvre le robinet et que l’envie d’aller aux toilettes surgit, j’attends que mes anciens mots ouvrent la porte aux nouveaux.

Je me souviens de certains textes comme si je les avais écrit la veille et d’autres ne me disent absolument rien.  Souvent, je me dis que c’était mieux avant ou que ce n’est pas moi qui les ai écrits. Le texte suivant, ce n’est peut-être pas moi qui l’ai écrit, si c’est le cas je ne sais pas qui c’est. Je me suis dit que c’était drôlement bien de retomber sur ce texte précisément hier. (Private joke to my Mum).

Conseil n°1. Il faut être à l’écoute de soi. Il y a des alarmes qui se mettent en place. Une voix pâle qui nous donne envie d’écrire. Un cri. On ne sait pas quoi. On ne sait pas quand. On ne sait pas pourquoi. Il faut être à l’écoute de cette voix. Ne pas l’étouffer. Ne pas se poser de questions. Si l’alarme se met en place, il faut la regarder en face.

Conseil n°2. Si l’envie d’écrire existe, il faut abattre les murs, les arbres, toute la ville qui a été construite autour de vous. Vos parents, vos amis, vos professeurs, des écrivains, tout le monde, autour de vous, a construit des murs, installé des panneaux, pour vous inciter à ne pas écrire. Vous allez par exemple entendre : « Il faut de l’imagination pour écrire » ; si vous n’en avez pas, vous allez penser que vous ne devez pas écrire (vous allez aussi entendre : « Il faut avoir des choses à dire » ; « Il faut un style » ; « Il faut du temps » ; « Il faut être bon en orthographe » ; « Il faut innover » ; « Il faut du piston » ; « Il faut être égocentrique » ; « Il faut être malheureux » ; « Il faut se couper du monde » ; « Il faut être mondain » ; « Il faut être en couple » ; « Il ne faut pas être en couple », etc.) Il existe des dizaines de phrases, de murs, qui se construisent pendant votre sommeil, que vos proches, avec bienveillance, distillent autour de vous. Et toutes ces phrases (même à doses homéopathiques) vont peu à peu vous endormir. Donc le conseil numéro 2 : détruire, abattre ces murs. Prendre conscience que ces conseils, ces phrases en papier mâché, sont des sirènes placées sur votre route pour vous faire échouer. Ne vous laissez pas avoir. Ayez conscience que le parcours initiatique de l’écrivain passe par là. Se détacher de ces principes. De ces règles. De ces évidences.

Conseil numéro 3. Allez à la recherche de ce qui vous motive. Pourquoi voulez vous écrire ? On met souvent dix ans. Vingt ans. Soixante ans pour le comprendre. Parfois on ne le comprend jamais. Et ce n’est pas très grave. Trouver ce qui nous motive : est-ce la poésie, l’autofiction, le théâtre, le roman, le fantastique, un mélange de tel et tel genre ? une étoile ? une pomme ? Chercher ce qui nous motive, et non forcément trouver ce qui nous motive, c’est important. Car c’est la flamme. C’est un chemin mystérieux. Il ne faut pas l’éteindre.

Conseil numéro 4. Faire des expérimentations. Finir quelque chose (un livre, un texte, une phrase, un conte). Qu’importe la forme : il faut finir quelque chose. Même si c’est bancal. Ça permet d’avoir un objet à manipuler. Finir un texte c’est grandir  d’un coup, qu’il soit ou non publié.

Conseil numéro 5. Lancer cet objet dans la nature. Le montrer aux autres. À des inconnus. Attendre les retours. N’attendez pas qu’on vous flatte. Ça ne vous apprendrait rien. Attendez qu’on vous rit au nez. Attendez qu’on se moque. Attendez qu’on ne comprenne pas votre écriture. Et il y aura alors un exercice à accomplir, qui est essentiel : supporter la douleur (il y a une forme de poésie à voir les autres piétiner votre texte). Supporter la douleur et être à l’écoute distanciée de cette critique. Il y a, dans l’ADN de chaque écriture, des monstruosités que les autres identifient facilement. Ces monstruosités ne doivent être ni encensées, ni supprimées. Elles forment notre singularité. Elles ont besoin d’être travaillées, exploitées.

Conseil numéro 6. Être patient. Ne pas attendre la reconnaissance immédiate. La reconnaissance n’arrivera jamais. Il y aura toujours des humiliations. Même quand on publie, même quand on est reconnu (même quand on a le prix Goncourt, je présume, il y a des humiliations). N’attendez pas de l’écriture une reconnaissance. Vous n’en aurez pas. Être patient et savoir qu’il ne faut pas attendre plus tard pour écrire. Le temps est un muscle. N’attendez pas d’avoir le temps pour écrire. C’est essentiel.

Conseil numéro 7. Oubliez tout ce que j’ai écrit. Tout ce que j’ai dit (vous méfier de tous les conseils. Les écouter avec parcimonie). Les conseils sont en vous. Ils sont précieux. Singuliers ; vos conseils sont sensibles (à la lumière, à l’encre, à la peau).

Pic by Julienne- Erika-Alviar on Unsplash

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4 commentaires sur “Conseils pour écrivains

  1. Merci beaucoup, j’ai eu le plaisir de vous rencontrer fin novembre à Btz et je vous avais justement exprimé mon désir d’écrire….. l’idée suit son chemin et ce message accentue ma motivation 🙂
    Merci et au plaisir de lire votre 2èm livre….

    Aimé par 1 personne

  2. si je devais n’en retenir qu’un, ce serait le deuxième… Peut-être alors que je reprendrais la plume à la page 54 et que je me servirais des autres bribes de suites écrites pour poursuivre mon idée, pour aller au bout, mais j’ai du mal à faire taire ces phrases des uns et des autres qui reviennent en boucle dans mon esprit dès que mon regard se pose sur le cahier à dos rouge sagement rangé dans mon placard…

    Aimé par 1 personne

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