Dans ma kindle

Deux très chouettes livres dans ma kindle en ce début juillet qui s’annonce boulimique, sachant que j’en ai lu deux autres dont je ne vous parlerai pas). Donc, voici deux livres que je vous conseille de part la justesse de l’écriture la précision des émotions et l’économie avec laquelle cela est fait. En ce moment c’est ce que je cherche dans mon travail: l’économie.

Quand on n’a que l’humour d’Amélie Antoine :

l'humour

C’est l’histoire d’un humoriste adulé dont le spectacle doit être retransmis en direct sur TF1 devant des milliers de spectateurs. Une personne ne sera pas au rendez-vous et cette absence fera tout basculer. Ce roman est construit en deux parties. Dans la première on s’attache à la vie d’Edouard Bresson, son enfance, les drames qui l’ont jalonné et ont fait de lui qui il est devenu. On suit sa quête  du bonheur quand être connu fausse pas mal de choses. Dans la deuxième partie, on suit son fils dans un jeu de piste à travers la France à la recherche de son histoire et celle de son père. Une belle écriture, sensible, une description très juste des émotions, des liens pères/fils, de la difficulté de créer et de la solitude dans laquelle elle fait parfois se noyer les gens. Ici, pas de passage grandiloquent, pas de manichéisme. Juste la vie et les petits arrangements qu’on a tous avec elle.

Miss Cyclone de Laurence Peyrin :

Mi-Cyclone

« A l’ombre du Cyclone, les célèbres montagnes russes de Coney Island, là où New York se jette dans la mer, Angela et June, deux jeunes filles que tout oppose, se construisent ensemble dans une amitié indéfectible. L’amitié féminine, dans sa force et sa singularité, est racontée ici de manière lumineuse par Laurence Peyrin, à travers quatre temps de la vie d’Angela et de June. Quatre temps décisifs qui coïncident avec quatre événements marquants de l’histoire. »

Rien de fantasque, on s’attache à la vie de deux femmes diamétralement opposées mais qui cherchent la même chose : le bonheur. Une vie tranquille, avec quelques rebondissements qui amènent à des choix de vie. On se dit « moi j’aurais pas fait ça » et puis très vite « ah, si peut-être… » Jolie plume aussi, concise, précise, elle ellipse pour laisser le lecteur libre d’imaginer la suite avant de donner la réponse. Beaucoup d’émotion jusqu’à la fin, qui nous fait finalement tout reconsidérer.

Oui, de bien jolies lectures.

Dans ma Kindle

Je sais pas vous, mais moi, la chaleur, le soleil et les jours qui rallongent, ça me pousse à la lecture. Tout y passe du super et du forcément moins chouette.

Hier encore c’était l’été de Julie de Lestrange (vient de sortir en Livre de Poche)

Je n’en garderais pas un souvenir impérissable. Nous avons une jolie galerie de portraits et pourtant j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. On les voit grandir et évoluer dans la vie. On a un peu l’impression de regarder un album photo qui passe de génération en génération. L’auteur s’arrête plus précisément sur les photos manquantes, celles des plus jeunes (qui n’impriment pas leur photos). Partout il est dit que c’est un magnifique portrait de la jeunesse actuelle. Pour moi, la recherche de l’absolu n’est  pas l’apanage de la dernière génération. Plusieurs fois élu coup de coeur de rédactions et élu Prix des lecteurs 2017, mon avis n’est sans doute pas le meilleur qui soit.

« Alexandre, Marco, Sophie et les autres se connaissent depuis l’enfance. Ensemble ils sont nés, ensemble ils ont grandi, en toute insouciance. Mais lorsque la vie
les prend au sortir de l’adolescence, la chute est brutale. En une décennie, cette jeunesse perdue mais pas désillusionnée va devoir apprendre à se battre pour exister. À travers les drames subsistent alors l’amitié, les fous-rires et les joies. Et l’amour, qui les sauvera. »

hier

Coeur-Naufrage de Delphine Bertholon

Pour celui là, je me suis fiée à la photo de couverture et au titre et n’ai absolument pas lu la quatrième de couverture. Donc je ne connaissais pas l’histoire quand je m’y suis jetée et je dois dire que c’est assez fascinant de découvrir la trame petit à petit. Une trame menée avec émotion, justesse et la tension installée dès les premières lignes est palpable. Je ne sais pas comment faire pour vous inciter à le lire sans vous raconter l’histoire. Peut-être citer la citation de Jonathan TROPPEr (Le livre de Joe) : « une ancienne petite amie c’est un flingue planté dans votre estomac. » C’est l’itinéraire d’un gars et d’une fille. On a beau vouloir l’égalité des sexes, l’insouciance des uns ne sera jamais celle des autres. Bref, j’ai beaucoup aimé. C’est très bien écrit. Très juste. Pas trop de fioritures qui ont tendance à me faire tourner les pages plus vite.

Édit: Celui-là, vraiment je vous le recommande! Surtout à celles qui sont allées voyager en adoptie. Je dis ça, mais en vrai, je ne vous ai rien dit.

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Fendre l’armure Anna Gavalda

Chaque fois je l’attends avec impatience. Elle tient une place particulière dans ma bibliothèque. Mi magicienne, mi diablotin. Et pourtant à propos de Fendre l’armure, je ne sais pas quoi dire. Est-ce que j’ai aimé ou pas ? Et bien, je ne sais pas. Je n’aime pas trop quand l’auteur s’adresse directement au lecteur, je n’aime pas trop qu’on me parle dans un livre comme on pourrait me parler dans la vie, et Anna Gavalda, comme un joke tonitruant en joue, pour faire pâlir ses détracteurs. Je n’aime pas qu’on me fasse pleurer avec trop de facilité. Je pleure facilement c’est un fait, mais je n’aime pas qu’on joue avec mon empathie comme on le ferait avec un bernard l’hermite.  Je sais bien que les gens heureux n’ont pas d’histoire, qu’il faut un point de déséquilibre pour qu’elle naisse, une quête, et qu’Anna Gavalda fait ça très bien. Si vous ne l’aimiez pas avant, peu de chance que vous l’aimiez avec « Fendre l’armure ». Mais, oui c’est peut-être tout ce qu’il y a à dire : Anna Gavalda fait ça très bien, « avec les mots de tout le monde, écrire comme personne » (Colette)

Fendre-l-armure

 

La prochaine fois, je vous parlerai de « Écoute-moi bien » de Nathalie Rykiel, de « Quand on n’a que l’humour » de Amélie Antoine, et de « Retourner à la mer » de Raphaël Haroche.

Et vous, vous avez lu quoi ?

Pour rappel, les articles « dans ma kindle » ne sont absolument pas sponsorisés et j’achète tous les livres dont je vous parle, ce qui me permet de rester libre de dire ce que je pense. Du coup, impossible de parler des livres qui me tombent des mains. 2 ce mois-ci.

 

{Vendredi confession}

Je crois que je vais en faire une petite chronique hebdomadaire. Un peu comme les gens qui perdent du poids en direct ou qui vont s’allonger chez le psy. Et puis, c’est peut-être plus simple à écrire qu’un billet qui doit avoir un début, un milieu et une fin. Alors,  surtout, si vous n’en avez rien à fiche, dites-le moi, sinon le « vendredi confession » reviendra la semaine prochaine.

  1. J’ai terminé la première ébauche du carnet « les secrets véritables des couples qui durent ». Je l’ai fait lire à ChériChéri et j’ai vu une fois ou deux, ses yeux se troubler. « Quand je te lis j’ai envie de pleurer » m’a-t-il dit. « Et bien zut, il est quand même sensé être humoristique ce carnet! / Il l’est, mais je sais pas pourquoi ça me fait toujours ça quand je lis ce que tu écris. Il ne me semblait pas que quand je faisais des courriers ça lui faisait le même effet, mais je me suis tue.  J’ai donc envoyé le carnet à GrandeChérie. Que voulez-vous, j’ai besoin qu’on me dise que c’est bien, de façon claire et nette. Sinon, je tergiverse, je tourne en rond et ça ne va pas du tout. Elle a dû comprendre que c’était urgent, parce qu’une demie-heure plus tard à peine, elle m’a appelé. En gros c’est plutôt bien « mais à deux ou trois reprises, je vous ai vus papa et toi / Ah bon? / Oui par exemple dans le secrets 17 « ne pas s’endormir fâchés » ou le 6 « rire aux blagues de l’autre ».
  2. Bon, du coup je ne sais plus trop, et je pense opter pour une deuxième ébauche.
  3. J’ai relu quelques notes prises et patiemment compilées dans mon potager. Peut-être faut-il que je vous explique le concept du potager ? Mon potager est un carré de carnets tout simples, noirs à la couverture souple (très important la couverture souple), lignés ou non, (ça on s’en fiche)(et heureusement parce que je me trompe une fois sur deux) sur lesquels je note les phrases que j’ai entendues, ou que j’ai lues. Les phrases poussent toutes seules dans le silence du carnet et elles sont prêtes à être consommées pile poil au moment où j’en ai besoin.
  4. Phrase consommée hier : « Et vous les écrivains, vous avez un problème avec la vérité. Ce que l’Homme appelle Vérité, c’est toujours sa vérité, c’est-à-dire l’aspect sous lequel les choses lui apparaissent ». Guillaume Musso – La fille de Brooklyn
  5. Du coup, je me dis que, peut-être dans le carnet, les gens se reconnaîtront, et c’est tant mieux puisque c’est tout à fait ça que je comptais atteindre.
  6. Au niveau des chapitres validés de mon roman, ça avance. Le sixième est parti lundi matin à la révision. Revenu mardi avec pour mention « l’écriture est vraiment bien en place, il est très agréable à lire » et puis il y a eu un maudit « mais » en ce qui concerne la forme. Rapport à ce que je passe du je au il. En gros, soit je gardais le 6 en en faisant une sorte de rêve, soit je le modifiais. Je n’ai choisi aucune de ces deux options et l’ai réécris pour le garder au maximum tel qu’il était, et puis j’ai convenu que parfois il fallait effacer le chapitre qu’on aimait le plus. Ce que j’ai fait en espérant qu’il en resterait des traces en filigrane (il parait que ça marche. En tout cas ça me rassure de le penser).
  7. Je l’ai réécris entièrement. Il est parti jeudi matin, revenu deux heures après validé. Du coup j’ai aussi envoyé le 7. Pour info, il y a 49 chapitres. Ah, oui, on n’est pas arrivé!
  8. Hier soir, nous étions invités au lancement de la saison estivale du Blue Cargo à Biarritz. Outre, que pour moi, c’est un exercice assez difficile parce que j’entends un mot sur deux et encore (j’y pense, il faudra que je vous parle de ma surdité parce que parfois, ça vaut le détour), j’aime bien ses endroits où je fabrique des souvenirs pendant tout un tas de minuscules secondes qui m’échappent, jusqu’à devenir plusieurs minutes.
  9. J’ai tout de même atteint mon objectif : expliquer à quelqu’un ce que je fais dans la vie. Maintenant, parce qu’on me présente toujours comme celle que j’étais avant. Quand j’ai vu ses yeux s’arrondir en même temps que sa bouche comme un poisson qui manque d’air, j’ai compris que c’était pas gagné! « Ah, ouais, je pensais pas que ça existait vraiment quelqu’un qui fait ça toute la journée. Et vous n’avez pas mal aux fesses ? » Merci, mes fesses vont parfaitement bien.
  10. Quelqu’un m’a dit « je ne comprends pas pourquoi tu ne dis jamais que tu es écrivain, tu crois que les peintres du dimanche ça les gêne de dire qu’ils sont peintres ? Tu crois que les secrétaires au chômage de longue durée elles disent quoi ? Qu’elles sont secrétaires ! Et pourtant ça fait un bail qu’elles n’ont pas tapé un courrier, alors toi, qui t’assieds tous les jours à ta table et qui inventes des trucs foutraques, je crois bien que tu peux le dire! »
  11. Hier soir j’ai amassé tout un tas d’anecdotes ordinaires que j’ai rangé dans le tiroir qui leur est dévolu, à l’intérieur de mon cerveau.
  12. J’ai arrêté de collectionner les excuses qui s’emparaient de moi.J’ai dit à mon bonheur de rester s’il le voulait, parce que cette fois-ci je n’avais pas besoin de machine à créer de la nostalgie heureuse, non cette fois-ci le bonheur m’allait très bien. Et la banalité aussi.
  13. Prochaine étape consolider le collage de mes ailes grâce à celui qui lit par dessus mon épaule, souligne mes erreurs en jaune et dispose des points d’exclamation dans la marge.

 

{Dans ma Kindle}

Il est temps de vous faire un petit retour sur ce que j’ai lu. De nombreux livres sont venus enrichir ma bibliothèque en ce début d’année. J’ai été saisi d’une frénésie cliqueuse. Il y a des romans dont j’attendais la sortie avec impatience, mais que je n’ai pas encore ouvert, des que je n’attendais pas et que j’ai pas lu non plus. Il y en a que j’ai lu sur papier et ça c’est la vraie nouveauté. Ce qui est le plus marquant c’est que ces derniers temps j’ai commencé beaucoup de livres sans parvenir à en terminer beaucoup.

e=MC2 mon amour de Patrick Cauvin. Je vous en avais parlé. Je me faisais une joie de le retrouver. Ado je l’avais adoré mais pas ce coup-ci. Non, je trouve que c’est très daté années 80 et puis j’ai vieilli sans doute. Je crois qu’il ne faut pas relire les livres qu’on a aimés. Enfin certains, parce qu’il y en d’autres, à l’écriture plus intemporelle, que j’aime toujours autant.

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel : Je l’ai lu en entier, mais, en biais, c’est un de mes travers. Ha ha ha. « Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit. » Sujet intéressant parce qu’il s’agit de débattre sur la conscience des juges, du problème de l’intime conviction., et donc sur sa propre conscience. Qu’aurions-nous fait en pareille circonstances? La tension est palpable. On y parle très bien de la Bretagne, dont on voit les paysages, on s’amuse avec les mouettes guetteuses. On se prend au jeu. Aurait-on fait comme le juge ?

La délicatesse du homard de Laure Manel : Une amie m’en avait parlé et j’ai voulu voir ce qu’elle y avait vu. J’avoue que je n’ai pas tout à fait vu la même chose, mais je l’ai lu en entier avec plaisir. Ce qui, vous l’aurez compris, n’était pas gagné d’avance. C’est une histoire d’amour à deux voix distinctes, d’une écriture simple avec des chapitres courts, le rythme est calme mais sans trop de longueurs (on va de rebondissements en rebondissements.)

On ne voyait que le bonheur de Grégoire Delacourt. Décidément je crois que j’adore cet auteur. Il a toujours des phrases que je voudrais avoir écrites  et des images que j’aurais voulu avoir vu en premier. A lire même si, parfois, je me dis que c’est un peu convenu de dire qu’un livre est beau parce qu’il montre le cruel, le sombre et le violent et notre humanité pas si jolie que ça. Il vient au salon du livre les Belles Pages à Guéthary. Je vais y aller aussi.

L’atelier des miracles de Valérie Tong Cuong : Galerie de personnages attachants peints avec finesse dans ce roman censé lui aussi nous parler de notre humanité. Je trouve pourtant que l’ensemble manque de réalisme. On ne sait finalement rien de ce qui se joue dans l’atelier, que paf, ils sont déjà sortis. Plaisant à lire mais pas plus.

Trois jours chez ma mère de François Weyergans : parce qu’il parle d’écriture.

Ceux que je n’ai pas réussi à terminer « De tes nouvelles » De Agnès Ledig, « Comment papa est devenue danseuse étoile » de Gavin’s Clemente-Ruiz, « L’amie prodigieuse » de Elena Ferrante (Entre autres. Je garde les autres pour plus tard, mais pour ces trois là, je crois bien que c’est définitif).

Et vous quel sont les mivres que vous avez aimés en mars ?

{La suite}

Quand je la croise, je baisse les yeux. Je ne peux pas tourner la tête en faisant semblant de ne pas la voir. Non, je ne peux pas, parce que quand je la croise, c’est dans un salon de coiffure, où tout le monde me connait, m’interpelle et veut papoter avec moi. (Je reviendrais peut-être un jour vous raconter que ça peut être assimilé à un vrai travail, pas du tout fictif, ça s’appelle faire du public relations, à une époque de ma vie ça me prenait beaucoup de temps. Trop). Bref, elle aussi. Elle surtout. Veut me parler. Elle n’a pas besoin d’ouvrir la bouche, pour que je sache ce qu’elle va me dire : « C’est quand même dommage que tu n’aies pas écrit la suite, tu voudrais pas l’écrire uniquement pour moi? »

Je hausse les yeux et lève les épaules, ou plutôt l’inverse. J’agite vaguement la main. Je fais fuir les insectes invisibles qui volètent autour de nous et dont elle n’a pas conscience.

Et je souris. De ce sourire commercial, qui ne veut rien dire du tout et surtout pas que je n’ai jamais eu l’intention d’écrire la suite, si ce n’est l’abécédaire du parent adoptif  qui est finalement resté au fond de la boite à racines de Mister T. S’il fallait une raison je vous dirais que je ne l’écrirai pas , parce que la suite lui appartient et ce ne sont pas les quelques épisodes que je retrace ici qui en donnent une image réelle, à peine donnent-ils le ton de la journée. J’ai d’ailleurs plus l’impression de tourner autour de mon nombril, ici.

Je n’écrirai pas la suite parce que la vie a repris ses droits. Parce que je ne sais pas ce que je pourrais avoir à raconter . Je n’écrirai pas la suite parce que je ne veux pas le stigmatiser et le réduire à « ça » ne sachant trop ce que « ça » signifie, l’adoption ou la particularité ? Je ne me présente jamais en disant que je suis sa mère adoptive. Ni n’explique sa particularité. Je suis simplement sa mère, alors si toutes les mères devaient écrire un livre sur leurs enfants, on n’en finirait jamais.

Je ne l’écrirais pas parce que je n’ai pas de conseil à donner, pas de manuel d’utilisation à fournir, parce que tous les chemins sont différents et bien qu’il soit possible de croiser les mêmes trous dans le bitume, nous ne réagirons pas tous de la même façon. Certains sauteront par dessus, d’autres sauteront à pieds joints dans les flaques, d’autres encore poseront prudemment le pied tout au fond avant de le retirer et de l’agiter comme le font les chats. Il se peut même, que selon l’heure du jour et le moment de l’année nous réagissions indifféremment de ces trois façons.

Quand on me dit que la suite aurait été plus facile à écrire, je tords du nez. Rien n’est moins sûr. Parce qu’il y a le doute,  une nouvelle exigence qui se tient en embuscade à ma droite, juste au dessus de mon épaule et l’idée de roman qui ne me quitte plus et me fait effacer rageusement tout ce qui s’en éloigne.

Et puis, surtout, je n’écrirais pas la suite parce que les gens heureux n’ont pas d’histoire.

Je n’arriverais peut-être à en écrire aucun autre. Il était peut-être le seul que je pouvais écrire, une réaction épidermique, une crise d’eczéma atypique, un cri. S’il ne devait y en avoir qu’un, je serais heureuse que ce soit celui-ci .

Je me rassure comme je peux, en effaçant les dates sur le calendrier, et en mâchouillant un stylo dont je ne me sers pas, en regardant les mouettes perdues, voler à ma fenêtre.

Je suis une rêveuse impatiente.

J’ai peut-être déjà écrit un article sur le sujet, je ne sais pas, je tourne en rond (autour de mon nombril). Je suis un poisson rouge, rêveur et impatient.

 

 

{Les yeux sur leurs mots #1}

J’y pensais depuis un certain temps déjà, mais je suis comme ça moi, que voulez-vous, il faut que quelqu’un d’autre me dise que ce serait bien si, pour que je le fasse. Je suis consciente de la difficulté d’un tel exercice, j’aime parfois des choses que vous allez détester et vice versa. Le plus compliqué à gérer étant sans doute le versa.

Elle m’a dit « franchement avec tous les bouquins que tu lis, tu pourrais nous en parler, ça me ferait une liste de lecture sans trop de danger » / je ne lis pas tant que ça, ai-je répondu/ Au delà de douze livres par an, je pense qu’on peut dire que tu lis beaucoup/ Mais ça ne veut rien dire… / Tu portes un autre regard sur leurs mots, j’aimerais qu’il m’éclaire dans mes choix, je n’ai pas le temps de me tromper.

 

perle

Mon premier livre de l’année sera donc « La perle et la coquille » de Nadia Hashimi.J’aime bien imprimer une couleur à mon année littéraire par le premier livre lu (toujours cette propension à l’arc-en-ciel).  En Novembre, je suis allée écouter Delphine Minoui parler de son dernier livre. C’était lors de la fameuse rencontre des femmes écrivains. Elle m’a littéralement embarquée dans son histoire car outre de bien écrire, elle parle parfaitement bien, et ça, que voulez-vous, ça me laisse sans voix. Son livre (Les pintades de Téhéran) a fait partie de mon palmarès 2016 et elle m’a donné envie de connaître un peu mieux la vie des femmes dans un pays  comme l’Afghanistan où se déroule l’histoire de Rahima et à travers elle, celle des femmes nées dans un pays où la vie est dictée par le Coran. En contre jour nous suivons également la vie de Shékiba l’arrière arrière grand-mère de Rahima au début du XX° siècle et celle des bacha posh (fillette devenue garçon dans une famille où ne sont nées que des filles. Garçon qui redevient fille dès la puberté). J’y ai vu le travail de tissage à plusieurs fils d’un tapis afghan et le trou d’espérance qui s’agrandit au fil de temps et dont on finit par ne voir que lui.

Dans ce roman, la cruauté, l’injustice et la violence que subissent ces femmes nous nouent la gorge. Pas de pleurs, pas d’apitoiements mais une profonde et sourde colère avec une étincelle d’espoir accrochée comme la poussière aux semelles de Rahima dans sa course vers la liberté. Un espoir porté par ces quelques femmes qui osent parler et affronter les hommes de leur entourage. Et puis, en contre jour, avec un goût amer dans la bouche, constater le recul de la condition des femmes.

danser

« Danser au bord de l’abîme » de Grégoire Delacourt. J’aime beaucoup Grégoire Delacourt. J’aime sa plume élégante qui va chercher  les tourments de l’âme. À l’anecdote qu’il sait rendre universelle, vient désormais s’ajouter la gravité. Il fait une incursion dans l’intimité d’un couple et au delà de l’apparence, les tourments de la femme alors que tout semble aller pour le mieux dans son bonheur tranquille. J’aime qu’il prenne le point de vue de la femme quand il écrit. Beaucoup de « j’aime » ici, alors que j’avais promis de ne pas trop en mettre pour vous laisser libres de lire. En écho à la journée des femmes écrivains, je repense à une phrase entendue « j’aimerais que quand on lit mon livre on ne se demande pas s’il est écrit par un homme ou une femme ». Si une femme avait écrit ce livre, avec les mêmes mots et les mêmes phrases, on aurait cherché  à quel moment apparaissait la vérité de la vie de l’auteur (mon problème quand je travaille car même si j’invente je sais que ceux qui lisent cherchent/trouvent des correspondances). Sans doute dans ce cas là aurait-il eu moins d’écho et on l’aurait trouvé trop larmoyant. Parce que j’ai parfois trouvé qu’ il en faisait trop. J’ai parfois tourné les pages un peu trop vite. J’ai parfois sauté les passages de la chèvre de Mr Seguin qu’il tisse avec l’histoire d’Emma, en contre-point. Et puis, comme il devait s’en douter, il a mis le texte intégral à la fin du roman, comme un nouvel éclairage sur la vie d’Emma.

Si jamais vous lisez ces livres, n’hésitez pas à venir partager votre point de vue.

{La ballade de l’enfant gris}

Je me dis que tout le monde a dû le lire, ce livre. Il est partout. On ne voit que lui. On ne parle que de lui et de son auteur, Baptiste Beaulieu. Ou alors est-ce moi. Qui ne voyais que lui sans parvenir à rentrer dedans.

On m’a dit « il est génial, une vraie claque » pourtant, je ne m’y installais pas plus de quelques minutes : il me coinçait ici et me pinçait là. Il était trop inconfortable pour mon  coeur. Il est comme ça, mon coeur, il sait des choses avant ma tête.

J’avais toujours un autre livre à lire et même deux à relire s’il le fallait. Ils auraient pu attendre. Mais ce sont eux que j’ai  choisis. Au fur et à mesure de mes lectures, la ballade de l’enfant gris rendait ma kindle de plus en plus grise. Lasse de tout ce gris, j’ai dû me résoudre à plonger dedans. J’ai fermé les yeux et retenu ma respiration, position très inconfortable pour lire vous en conviendrez. Des petites bulles s’échappaient de mon nez. Et même de mes oreilles je crois bien. A moins que ça ne soit de mes yeux. L’heure était grave.

C’était au retour des urgences. J’aurais pu choisir un autre moment, mais si je l’avais fait sans doute en aurait-il été de même qu’avant : j’aurais reposé l’histoire et cliqué sur une autre couverture de livre. Le soir même, j’ai emporté le livre se coucher avec moi. Je me suis glissée à côté du petit garçon qui avait rejoint mes draps pour raisons médicales alors que son père n’était pas encore rentré. Ma kindle éclairait faiblement la pièce et la tête du petit garçon est venue se caler contre mon cou, dans le creux de mon épaule, son souffle réchauffant le lobe de mon oreille, laissant à son père les trois quart du matelas. J’ai arrêté l’apnée : j’avais peur que les bulles étouffent mon petit gars. J’ai pensé qu’il avait l’âge que j’avais toujours préféré et que j’aurais bien aimé que le temps s’arrête et puis j’ai pensé à Noah et je me suis dit que non, surtout pas. J’ai caressé ses cheveux et me suis dit que bientôt, parce que le temps passe décidément toujours trop vite quand il s’agit du bonheur, une autre que moi y glisserait ses doigts.

J’ai donc mis un mois tout pile à venir à bout des pages, mais seulement quelques heures pour le lire en entier. Pour être tout à fait honnête je dois bien avouer que que je l’ai lu en diagonale, tournant les pages des chapitres datant de « avant la déchirure » sans trop m’y attarder, je savais où ça nous emportait, ce n’est pas un secret. Et puis, il y a des choses que ma tête fait pour empêcher mon coeur d’avoir mal. Ils s’entendent plutôt bien ces deux-là.

Baptiste Beaulieu a publié son premier roman quand j’ai publié mon premier livre. Depuis il en a écrit deux autres. Moi aussi, mais les miens squattent un dossier d’ordinateur alors que les siens squattent des étagères de bibliothèque, les pages cornées et gondolées par des larmes tombées dessus et toutes les étoiles qu’il a fait naître dans la tête de ses lecteurs.

Y a t-il quelqu’un qui sache si le nombre d’étoiles dans le ciel tombe pair ou impair?