Vendredi confession #5 qui tombait un jeudi

Il y avait super longtemps que je n’étais pas venue vous raconter des trucs de la plus haute importance et que vous mourrez d’envie de savoir. Ne rougissez pas, la curiosité est un bien joli défaut et comme je le dis souvent à Mister T « tu n’es pas curieux, tu veux savoir ». Donc voici un petit vendredi confession qui tombait un jeudi et qui parlait de livres, d’adoption et de recettes.

  1. Il y a donc eu la fête de l’école. Comme chaque année je m’étais inscrite pour tenir un stand. Mister T avait choisi « tirs au but ». Quand je me suis présentée aux maman de l’APE, je n’ai pas tout de suite compris pourquoi elles souriaient quand je leur ai annoncé. Ça n’a duré que deux secondes parce qu’après, tout est devenu clair. J’étais censée arrêter moi-même les buts. Bon, inutile de dire que j’ai modifié illico les règles et que chaque tireur devait s’engager à arrêter les buts d’un autre gamin. Ils étaient ravis. Et moi aussi, assise à l’ombre sur ma murette. De plus ma boite à jetons a été dézinguée en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
  2. J’ai écrit 32 chapitres de mon livre, soit plus de la moitié. Je suis super contente que ça avance aussi vite même si j’ai l’impression que je travaille parfois à vue. Il va falloir que passe à la prochaine étape : trouver des lecteurs pour qu’ils me donnent leur impression, chose peu aisée, l’auteur étant parfois à fleur de peau quand il s’agit de son bébé.
  3. Je suis allée au cinéma voir « comment j’ai rencontré mon père ». Malgré le pitch super intéressant de mon point de vue, je suis restée sur ma faim. Ce film ne parle pas du tout de l’attachement père/enfant comme je l’imaginais, ni de la parentalité adoptive, ni vraiment des migrants. Sur France Inter j’avais entendu une chronique qui disait que c’était un film poignant (je sais pas où, ou bien mon empathie a fondu au soleil), plein de tendresse (ok, ça peut-être, mais pas sûr non plus) le pire, je crois, c’est que j’ai regardé mon portable toutes les dix minutes et ça c’est malheureusement un signe.
  4. La BD: Sur IG @margauxmottin a présenté une bd sur l’adoption « l’adoption » de Zidron et Monin en deux tomes.  C’est l’histoire de la petit Qinaya, une jeune Péruvienne de 4 ans dont les parents sont décédés dans un tremblement de terre et qui est adoptée en France. Mais c’est aussi l’histoire de Gabriel, qui va devoir apprendre à devenir grand-père alors qu’il n’a même pas eu le temps d’être père. Petit à petit, un amour fort va se nouer entre les deux. (Tome 1) Bon, bon, bon comment dire? J’ai ri, j’ai pleuré aussi, on pourrait dire que j’ai beaucoup aimé. Et puis une boule s’est logée dans mon estomac et j’ai espéré qu’ils ne tombent pas dans le cliché, mais. Il faut croire que les clichés ont la vie dure. Parce qu’au milieu de moult possibilités, les auteurs ont choisi de raconter une adoption qui n’a pas été faite dans les règles. Forcément. Je ne sais pas ce qui les a inspiré ni si c’est tiré d’une histoire réelle, parce que les réflexions sont d’une justesse infinie. Ce qui m’agace, c’est qu’encore une fois on stigmatise les adoptants « prêts à tout pour avoir un enfant ». Dans le tome 2 on suit Gabriel sur les traces de la petite Qinaya, on s’éloigne de l’adoption et on se concentre sur les réflexions du grand-père à propos de la parentalité, de la mort des enfants, de l’âge… Je vous laisse juge, vous me direz.
  5. Après avoir eu ma période avocat, j’en suis à ma période mangue. Je vous livre mes recettes best of : tartare de mangue à la menthe : couper la mangue en petits carrés, ciseler la menthe, couper un fruit de la passion. Mélanger les ingrédients et si vous préférez en version plus sucrée ajouter une cuillère à café de sirop d’agave. La version salade : mangue + 3 riz + 1/2 poivron rouge, jaune et vert en lanières (je le précuis 2 minutes au micro ondes pour mieux le digérer)+ basilic +menthe + oignon vert ou rouge +jus de citron + cacahuètes ou noix de cajou concassées + copeaux de noix de coco. On mélange tous les ingrédients, un peu d’huile et du vinaigre de mangue (si vous avez sinon juste le citron) on refroidit et on déguste.

Maman, je m’ennuie …

À peine dix jours de vacances et Mister T s’ennuie déjà : « j’aime pas être fils unique, il me faudrait un frère de huit ans environ, je fais quoi moi pendant que tu travailles, il fait quoi Louis en ce moment, personne veut jouer avec moi. »

L’exercice est nouveau pour moi, parce qu’avant, s’ils s’ennuyaient, je n’étais pas là pour le voir. PetiteetGrandeChéries m’ont rassurée en me rappelant qu’on ne mourrait pas de s’ennuyer même si on peut dire qu’on meurt d’ennui et qu’ils ont tous développé des passions enrichissantes alors que je ne devais pas m’inquiéter.

Le problème c’est qu’aujourd’hui, je le vois s’ennuyer et que, au choix, je m’agace ou je culpabilise.

Hier j’ai fait à Mister T tout un baratin sur le fait qu’apprécier l’ennui était tout à fait profitable dans sa vie. « Ah? et pourquoi » m’a t-il dit me fixant de son œil acéré. « Parce que ça stimule ton désir de créativité ». Il a regardé sa sœur ainée d’un avec un air contrit du genre « oh ma pauvre, tu as dû franchement t’ennuyer! »

L’ennui

Bien sûr, tous les enfants ne deviendront pas artistes peintres, mais ils auront l’occasion de chercher ce qui leur plait vraiment. Pour ma part j’ai grandi comme ça, sans personne pour me donner des idées, les adultes à l’époque avaient d’autres préoccupations. J’ai choisi la lecture, ma sœur la pâtisserie (devenue experte dans les gâteaux de rêves), mon frère le jardinage (aujourd’hui il fabrique de magnifiques bonzaïs).

Bouger et être occupé, c’est très bien, mais n’avoir rien de précis à faire permet de rêvasser, d’observer, de réfléchir… Je sais bien qu’on ne peut pas tous être d’accord. J’en ai parlé avec le père de Louis qui m’a regardé avec des yeux ronds, en plissant le nez : il n’était pas d’accord et pensait que l’ennui était à bannir de toute vie. Je l’ai laissé penser ce qu’il voulait. Chacun voit midi à sa porte.

Mais oui, l’attente et l’ennui font partie de la vie, autant l’apprendre très vite et savoir quoi faire quand ça nous prend.

Découvrir la solitude
J’ai besoin de faire le point, seule, un moment dans une journée, Mister T ne le sait pas encore, mais lui aussi.  Sans sollicitation des écrans, et sans personne autour de lui pour le stiuler. Hier je l’ai donc encouragé à faire des activités seul. Je ne dis pas que ce fut facile. Je ne dis pas que ce fut de tout repos pour moi, mais aujourd’hui, je vais recommencer. À la question « Qu’est-ce que je peux faire ? » je vais répondre : Regarde les nuages, rêve, lit, fais des légos, invente une nouveau véhicule, bricole, dessine, fais des bulles dans le jardin. Et même si ça dure moins de vingt minutes, je m’estimerai heureuse.Parce que le véritable souci c’est ça : les activités durent au mieux un quart d’heure et après ? Après, il faut passer à autre chose.

Je pose ça là, pour pouvoir y revenir quand je serai en manque d’idées : Mes suggestions d’activités

  • Dessiner, colorier, peinturer, faire de la pâte à modeler, spirographer, fabriquer de la pâte à sel (et la manger), poterie, perles, découpage et création de figurines, pâtasser, faire des steaks hachés avec de la boue
  • Lire, faire son journal de vacances, faire ses sudokus, faire des réussites, écrire des cartes postales
  • Se baigner, faire des bulles, jouer au ballon, faire un mini golf, de la corde à sauter, une partie de Jokari, faire du vélo et s’inventer écuyer
  • Bricoler, faire des Légos, se déguiser
  • Jouer aux cartes ou des jeux de société (seul), à la pétanque
  • Cuisiner, faire des jus de fruits, du pain, un gâteau, écrire le menu, faire la liste des courses
  • Chasse au trésor, fabriquer une cabane de coussins
  • Faire un reportage photos pour quand Papa rentre, un herbier

Après, quand vraiment je suis agacée parce que rien ne lui convient, arrivent les idées moins rigolotes : range ta chambre, on va faire une dictée, un peu de tables de multiplication peut-être, t’as qu’à repasser, va faire la sieste, tu veux tondre la pelouse?

Ah, oui, j’ai oublié de vous dire, j’ai planqué les écrans…

Et vous, quelles sont vos idées pour les occuper ?

Pic de cet hiver par Ariane.

 

18 Souvenirs de toi

 

J’aurais pu t’écrire que ce jour là était notre jour, à nous. Les grands avaient été déposés chez Nounou pour la journée, parce qu’il y a des choses que l’on sent. Que ton prénom avait bien été choisi puisque tu es née deux heures plus tard à la lumière d’un éclair et sur un coup de tonnerre. Tu as vu le jour au milieu d’une nuit qui n’en était pas vraiment une.  Mais cette histoire, tu la connais par coeur.

J’aurais pu te dire que quand je t’ai vue, j’ai vu ta grand-mère en miniature, et qu’aujourd’hui la ressemblance continue, photos à l’appui. Mais ça aussi tu le sais sur le bout des doigts. J’aurais aimé t’écrire tout ça et bien plus encore. Te raconter que la vie est belle quand elle a la couleur de tes tâches de rousseur, qu’elle est amusante quand mon doigt s’entoure d’une mèche de tes cheveux, qu’elle est tendre comme le regard que tu poses sur nous quand tu te réveilles le matin. J’aurais pu écrire un poème tout en alexandrins, faire un inventaire à la Prévert ou écrire quelques dialogues à la mode de Molière, j’aurais même pu écrire une chanson, mais j’ai préféré empiler sur mes doigts tout ce dont que je voulais me souvenir

  1. Coluche d’abord, il n’y a que toi qui le comprenne (et sans doute tes plus grands frères et sœurs, et aussi ceux qui t’aiment depuis tout ce temps)
  2. Les deux doigts dans ta bouche.
  3. Nos repas du jeudi, devenus ceux du lundi, puis de tous les jours au fil du temps qui passe et de tes différents établissements scolaires.
  4. Les chips avalées au retour de l’entrainement, le débriefing de la séance dans la voiture, l’odeur des rollers à nulle autre pareille, puis celle de la salle d’escalade qui rythma nos premiers après-midi ici.
  5. Tes cheveux emmêlés, prisonniers d’un élastique sadique que tu finiras par couper et que je mettrais à la poubelle.
  6. Nos différentes attentes dans de multiples salles du même nom, les bips, les badges en pâte fimo des infirmières, ton courage, ton sourire déguisé en moue. Ou bien était-ce l’inverse ?
  7. Tes habits du dimanche en camouflage et toutes les histoires que tu t’inventais à travers la campagne, sous le regard amusé des plus grands.
  8. Ton regard assuré quand tu disais vouloir être espionne, puis militaire et maintenant photographe de guerre. Ton regard assuré et mon sourire coincé.
  9. Le bazar de ta chambre, celui de ton dressing et les traces de toi que tu laisses à côté du fauteuil.
  10. Tes minis pieds taille 34 qui font dire aux vendeuses de chaussures qu’elles ont rencontré Cendrillon.
  11. Ta fidélité, ton courage, ta persévérance, ce sentiment de justice qui te colle aux baskets et parfois te coupe les ailes.
  12. Le regard que tu as quand tu doutes, celui que tu as au réveil, celui que tu déposes sur les gens et les choses à travers l’écran de ton appareil photo. Et tous les regards que je ne connaitrais pas.
  13. Tes joues couleur abricot mûr.
  14. Les traits que tu as arrêté de déposer au chambranle de ta porte espérant qu’en les boudant ils se feraient plus présents. Oui, je sais, ça n’a pas fonctionné.
  15. Le son de ton rire qui dévale les escaliers. Ton rire retrouvé après toutes tes tempêtes.
  16. Ton appétence à régler toutes les machines de la maison qui, quand tu pars quelques jours, me fait redouter le moindre couac.
  17. Tes amitiés fidèles qui perdurent au delà des villes et des régions.
  18. Ta vie d’après qui commence aujourd’hui, vas-y, ma belle ouvre grand tes ailes.

Sweet eighteen my love.

 

 

Les devoirs du week-end • épisode 42

Alors, voilà, hier soir ChériChéri et moi fêtions nos un an à Bayonne. Nous avons décidé d’aller manger au restaurant pour fêter ça. Ça et les vacances. Déjà, il a fallu trouver où. Ça nous a pris longtemps. Quand nous nous sommes décidés, la pluie nous a surpris en route. J’avais oublié de prendre mon parapluie, arguant que nous étions en juillet et que même si les nappes phréatiques étaient à un niveau alarmant, fallait pas non plus exagérer, quoi!

Bon, bref, la météo n’a rien voulu savoir de ma rébellion et donc, il a plu. Truc vachement étonnant ici en 2017 (je me souviens qu’en 2016 il ne pleuvait jamais, c’était juste pour me tromper, je crois) (et donc cette année, je ne sais pas qui a décidé de me mettre à l’épreuve). Avant de trouver où s’abriter, (sous un arbre, sous une tonnelle, sous un rideau de devanture) on s’est fait saucer. C’est bête, j’avais fait un brushing, histoire d’être jolie tout ça, tout ça. On s’est planqué sous un magnolia et on a attendu. Mes fringues étaient trempées et comme il faisait quand même chaud, je crois bien que ça sentait un peu le chien mouillé. J’ai fait celle qui. Cherchait ce putain de chien.

C’était le premier jour des vacances, alors j’ai prié pour que ça s’arrête vite. J’ai pas dû bien prier, ou alors, là haut ils en ont marre que je pense à eux uniquement quand j’ai besoin d’un truc, le fait est que l’orage a éclaté. Il y avait des éclairs dans tous les coins du ciel. Ho là, là aussi et encore là. ChériChéri en a eu assez de mes cris et il m’a embrassé. Voilà que maintenant en plus du chien qu’était planqué quelque part, j’avais des papillons dans le ventre et mes bras étaient remplis de chair de poule. Une vraie ménagerie.

À un moment, ça s’est arrêté alors on a couru au restau. Comme on est un peu fous on a demandé à manger dehors, sous le parasol. « En même temps, au point où vous en êtes… » c’était tout à fait ça. Donc on a mangé (des trucs super bons) et on a bu (un peu, beaucoup peut-être, en fait à un moment j’ai plus compté). On a beaucoup parlé aussi (et longtemps). On a fini par rentrer, parce qu’il n’y avait plus personne, sous un orage toujours incroyable. Pas de tonnerre mais on se serait cru en plein jour. J’ai rien dit j’ai fait que regarder le ciel qui m’envoyait des signaux. En plus, quand je bois, je parle plus. Et même que parfois je pleure (ais, pas là). Par contre dedans ça parlait. Il y avait un tas de gens que j’avais pas entendu depuis longtemps. C’était rigolo. Sauf qu’après quand j’ai voulu qu’ils ferment leur G***, eux ils voulaient toujours blagasser (mot inconnu mais vous aurez compris ce qu’il signifie). À un moment je crois que j’ai été obligée d’aider Goldorak à terrasser les forces de Véga, c’est alors que Capitaine Flam est arrivé et là ce fut la fiesta. (Quand je vous dis qu’il y avait longtemps que je les avais pas vus.) Je rassure mes enfants, point d’éléphants roses nulle part!

Ce matin, j’étais donc très fatiguée.Mon oeil droit ne voulait rien entendre et mon oeil gauche n’en faisait qu’à sa tête. Ils ne se sont pas mis d’accord. Donc moi, je suis restée couchée, il pouvait pas m’arriver grand-chose de grave.

J’ai décrété de façon très autoritaire que vous seriez en vacances et moi aussi par la même occasion. La durée initiale des congés est fixée à un mois. D’ici là, on verra si Goldorak et Capitaine Flam me relâchent, à moins qu’ils m’amènent au pays de Candy, comme dans tous les pays, on s’amuse on pleure on rit, il y a des méchants et des gentils, et pour sortir des moments difficiles, avoir des amis c’est très utile, un peu d’astuce d’espièglerie, c’est la vie de Candy (pour la chanson dans la tête, c’est cadeau)

Les jolies fesses en photo n’ont rien à voir avec les miennes. J’dis ça, j’dis rien.

 

Tout au bout de juin

Il n’a pas grand-chose d’autre à faire qu’à être ce qu’il est pour que je l’aime toujours autant. Cette année encore, il a tenu ses promesses. Mon mois de juin.

Il n’y a pas eu de course folle, on a simplement suivi le trottoir, et c’est là, tout au bout qu’on a trouvé  des sourires, des mains qui frappent sous les immenses platanes aux feuilles frissonnantes, des pointes de pieds qui se tendent et s’appliquent sur le goudron qui prend l’odeur des jours de chaleur, des foulards rouges autour des cous et des cheveux mouillés sur les nuques, des greens illuminés, et une médaille d’or par équipe, des retrouvailles et des embrassades, des conversations en plein soleil et d’autres sous la pluie, il y a eu les tâches de rousseur de Mlle M et les trois mousquetaires dans la baignoire et puis la voix de Mister T sur le répondeur, pour l’anniversaire de Miss Lily.

Nous avons dit au-revoir à Sylvie, l’AVS de Mister T, son chignon impeccable et la tenue jaune citron qui lui va à ravir. J’aurais pu me rouler dans la pommade qu’elle appliquait sur ma peau avec application, devant la grille à 8h24. C’était une pommade qui me parlait d’un petit garçon formidable, qui lui avait donné la plus belle leçon de courage de toute sa vie, un petit garçon respectueux et aimant. Je lui ai dit que je n’y étais pour rien, que c’était tout lui, ça, et rien que lui. J’ai rajouté « absolument pour rien » et j’ai coulé un regard vers lui, qui s’échappait pour retrouver les copains. Elle a souri, a posé sa main sur mon épaule. Une larme s’est échappée de mon oeil gauche et a coulé de derrière le verre de mes lunettes de soleil.  Je ne l’ai pas essuyée et l’ai laissée se fracasser sur mon sourire qui n’a pas flanché une seconde. Mon sourire a de la bouteille.

Et puis, nous avons retrouvé les maîtresses d’avant. Il y a eu Véronique, la première maîtresse de Mister T, celle qui, alors qu’il avait 5 ans et n’était jamais allé à l’école, lui a appris en accéléré ce que les autres apprennent en trois ans : écrire les lettres et son prénom, déchiffrer quelques mots, vivre avec les autres, oser parler devant ses camarades alors qu’un an avant il ne comprenait pas un mot de français, rester assis et écouter, devenir élève, comme ils disent et attendre que maman arrive, sans s’inquiéter qu’elle ne le fasse pas. Véronique qui s’est avancée timidement vers nous « j’avais peur de ne jamais vous revoir » a t-elle dit avec un sourire bancale. Elle a serré ma main « il y a des enfants qu’on ne veut pas oublier » a t-elle soufflé. Il y a eu la maîtresse de CP et CE1, celle qui avait voulu le garder pour lui éviter de perdre trois mois avant que l’autre maître ne comprenne son fonctionnement. Son sourire et son « mon dieu qu’il a grandi! ». J’ai bien vu qu’il avait toujours une bonne tête de moins que les autres, mais le sourire de Mister T valait tous mes silences. Et puis il y eu tous les copains qui ne voulaient pas croire que nous avions fait le chemin rien que pour les voir. Ils avaient raison, mais, là encore, mon silence était de bon aloi.

Vendredi nous dirons au-revoir au maître. J’accrocherai encore une fois mon sourire avec de la colle forte, pour qu’il tienne bien en place. Je lui dirai « merci pour tout » parce que je ne sais rien dire d’autre, les mots restent coincés dans ma gorge et la voix qui résonne à mes oreilles est trop souvent celle d’une personne que je ne connais pas. Le « tout » est immense : la confiance en lui, la sérénité, les apprentissages au-delà du scolaire. Il y aura le merci pour avoir fait de lui ce petit garçon qui n’a plus peur de grand-chose et surtout pas d’essayer, de se tromper, de tomber et de se relever. Ce petit garçon pas tout à fait comme les autres, intégré tout fait comme les autres, auquel on demande autant qu’aux autres, parfois, un peu plus, même. Ce petit garçon qui attend avec impatience la randonnée à vélo de jeudi en regardant les nuages. Ce petit garçon qui n’est plus vraiment petit, à croire qu’ici, le temps passe deux fois plus vite qu’ailleurs.

Bien sûr, je n’oublierai pas que Juin a fait de nous des gens qui tremblent un peu, des gens qui se serrent, qui se parlent et s’écoutent, qui prennent un peu plus le temps au cas où il passerait subitement beaucoup trop vite. Je n’oublierai pas que Juin a dessiné de nouvelles cernes sur mes joues et que malgré tout, il a fait de nous des gens plus forts. Sans doute.

Et vous, en juin, vous avez aimé:

  1. Les six comptes Instagram basques à suivre (un très vieil article revenu sur le devant de la scène je ne sais comment)
  2. Comment survivre sans écran avec un enfant de neuf ans
  3. Avant lui et nos 27 ans de mariage
  4. Comment tu sais que tu habites au pays basque
  5. Vendredi confession #4

Vendredi confession #4

Je suis cette fille qui collectionne les larmes de sirène et les morceaux de verre dépoli trouvés sur la plage.

Cette fille qui croit que les maisons et la végétation peuvent exprimer de la joie et de la gratitude envers leurs habitants. Par exemple, dans notre jardin nous avons un arbre planté en 1914 (maminette aurait son âge) si l’on en croit les photographies prises l’année dernière, lors de notre arrivée, son tronc a énormément grossi. À cet âge là, c’est surprenant. Et les hydrangéas (sorte d’Hortensias) ont tellement envahi le jardin (mini, mini) que ChériChéri menace de les dézinguer sitôt l’automne arrivée.

IMG_9438

Je suis de celles qui disent bonjour à sa maison quand elle rentre.

Je suis cette fille qui se demande souvent pourquoi. Pourquoi ouvre souvent la porte à tout un tas d’autres questions qui finissent souvent en parce que.

Celle qui met une jupe ou une robe le matin, qui descend l’escalier et remonte quatre à quatre, enfiler un jean.

Je suis cette fille qui disait, il y a deux ans, adorer les draps en lin. Et bien, je suis aussi celle qui y a renoncé en arrivant ici, il fait souvent trop chaud dans des draps en lin. Je suis maintenant celle qui ne jure que par le coton tout doux, repassé et qui rêverait de pouvoir en changer toutes les deux ou trois nuits. Mon luxe suprême.

Je suis cette fille qui va dans une réunion, lève le doigt dix fois et se fait passer devant autant de fois. Celle qui renonce presque, quand enfin on lui donne la parole et dit d’une voix éraillée (c’est mon nouveau truc ça, la voix éraillée) quelque chose qui laisse tout le monde muet. Celle qui se demande où était la bourde, se lamente qu’elle aurait mieux fait de continuer à se taire, qu’on ne peut pas toujours ouvrir sa gueule. Puis celle qui souffle quand on la remercie parce que personne n’avait osé le dire, mais, c’est évident. Il faut le modifier.

Je suis aussi celle qui n’a pas osé dire qu’elle pouvait le modifier, si ça les arrangeait.

Je suis cette fille qui ronge son frein, qui ne parle pas beaucoup et n’est pourtant pas très sûre de savoir parfaitement bien écouter, celle qui laisse ses yeux dans le vague et le flou et regrette de ne pas avoir été myope pour balader un regard différent sur les choses et les gens. Plutôt que sourde et toutes les confusions que ça instaure autour d’elle .

Je suis cette fille qui croit aux signes, aussi, persuadée que ce qu’elle sème comme graines d’espoir, se récoltera un jour où l’autre, celle qui fait des listes et colle sur ses murs des étoiles en papier.

Je suis celle qui va à un mariage dont le dress-code est « une touche de rose », chaussée de converses. Les roses. Les magiques. Et qui en met aux pieds de son chéri.

IMG_9424

Je suis cette fille qui garde la vieille photo d’identité de l’année de leur rencontre de son chéri dans une ceinture à bourse. C’est moche une ceinture à bourse, mais j’adore quand je retrouve la photo. Cela me permet de me souvenir pourquoi je suis tombée amoureuse de lui. C’est la leçon 12 du manuel des couples qui durent « se souvenir que le type dans la cuisine,  est toujours quelque part ce jeune homme au regard doux, qui m’a fait croire que j’étais la femme la plus formidable de la terre ».

IMG_9360

Et vous, vous êtes quelle fille ?

Comment survivre à un week-end sans internet avec un enfant de neuf ans ?

Tout en restant à la maison! Parce que si j’ai compris une chose, c’est qu’en vacances, en week-end, en colo, c’est possible. La difficulté du truc réside dans le fait de rester dans son environnement.

Donc, ça c’est fait, j’ai testé! et moi je vous le dis, c’est du sport.

Tout a commencé le vendredi soir avec la signature de la note de service. J’ai tout de suite senti chez cet enfant, une volonté de liberté et de rébellion. « Et si je signe pas? » J’ai fait preuve de bienveillance (mot galvaudé#1), de pédagogie (positive bien sûr, avec moult explications à la clé) puis, je l’ai assommé d’un « ça changera rien, sauf que ça sera pire » (bravo la bienveillance et la pédagogie positive), mais parfois, il faut ce qu’il faut et je ne pense pas qu’il en soit traumatisé à vie (si?). Je n’avais, objectivement, pas d’autre choix, vu qu’il a négocié jusque tard le vendredi soir.

Les deux premières heures du samedi matin ce sont déroulées dans une ambiance difficile, je n’en dirais pas davantage. Vous aurez compris. Puis, les heures se sont enchainées au gré de nos activités :

  • Sports : golf, pelote, pala, soccer, vélo, promenade,  tout y est passé avec plus ou moins de bonheur et de bonne humeur.
  • Lecture : À deux voix, sur la terrasse de devant, sur le rocking-chair, dans le lit, sur le canapé, sur la plage. Un livre entier y est passé !
  • Peinture : Bon, il n’est pas tout à fait certain qu’il fasse le métier de sa sœur ainée pourtant le début est encourageant. Mais le début est resté au stade de début.
  • Écrire des cartes postales et aller les poster seul. Personne ne semble les avoir reçues, les aurait-il jeté dans le caniveau?
  • Faire ses devoirs (bé oui, quand même)
  • Perles Hama
  • Jardinage : C’était le moment où jamais! Mister T a donc adopté un rosier nain blanc ( « c’est beau les petits trucs ») qu’il a baptisé « Rosinou »
  • Bricolage avec papa : enfin, surtout lui amener à boire quand il était à deux doigts de mourir de chaud.
  • Cuisine : Porc au caramel, assiettes du dimanche soir, pain multi graines avec Petite Chérie …
  • Écouter de la musique et danser « oui mais pas de la danse basque c’est trop fatigant et ça fait mal aux pieds » (j’attends impatiemment samedi pour le regarder danser au spectacle de l’école)
  • Aller voter avec maman (mais il faut toujours voter dans ce pays / Pourquoi dans ce pays, t’en connais un autre?/ Bé oui, le Vietnam/ Et alors, on vote pas au Vietnam? (j’en sais rien d’ailleurs. NDLR : Mister T avait 4 ans quand il est arrivé en France je ne suis pas sûre qu’il puisse avoir un souvenir de ce genre de choses)
  • Rangement de la chambre et tri des légos, voitures, personnages. Il a adoré 😉
  • Faire les courses avec maman : et choisir le repas de lundi soir (saucisse grillée)
  • Aller à la plage : mais pas de baignade car la mer était démontée,
  • Regarder les secouristes secourir des inconscients, prendre un cours de cerf-volant avec un pro.
  • et ? Passer du temps ensemble !

Verdict : « c’était super long ce week-end!! »