{ La saison du demi-pêche}

Je ne bois pas ou pour ainsi dire pas. Je n’en suis pas spécialement fière et l’ombre qui passe dans les yeux des gens attablés avec moi lorsque je commande un Perrier tranche en dit long : « Celle-là, c’est une ancienne alcoolo! »

Et bien même pas.

Je suis de celles qui pensent qu’on peut s’amuser sans toutefois boire exagérément. C’est moi qui ai inventé le slogan « sans alcool, la fête est plus folle. »

Certains boivent pour oublier ou dormir. L’alcool ne me fait rien oublier, bien au contraire. Mes petits démons viennent ricaner près de moi, roulent sous la table, volettent au dessus de mon crâne quand ce n’est pas directement à l’intérieur, en grimaçant de leur lèvres tordues. Ils ont suffisamment de constance pour m’accompagner  jusque dans ma chambre en sautant de marches en marches et ne pas me quitter jusque tôt le matin.

Il y a bien entendu des dommages collatéraux au fait de ne pas boire. Par exemple, quand, pour on ne sait quelle raison, vous acceptez un verre de quelque chose, vous êtes déjà très joyeuse à la deuxième gorgée. Ça a au moins un avantage,  celui de ne pas vous coûter une blinde avant d’avoir la bizarre impression de marcher sur des nuages, mais ChériChéri trouve ça nettement moins amusant parce qu’à ce moment là, il peut tout faire tout seul. Vous n’êtes plus en capacité de faire quoi que ce soit.

La fois d’après, vous agitez votre main devant votre verre ou la posez dessus en un signal sans appel : non, merci. La plupart du temps, il faut convenir que les autres tournent la tête ostensiblement en un « elle fait vraiment chier celle-là ». Sans doute pensent-ils que je les juge, mais loin de moi tout ça. Non, moi je ne veux juste pas me retrouver nez à nez avec un de mes démons.

Et puis , j’ai découvert le demi-pêche. Le demi-pêche, c’est un joli paysage parce qu’en pensée me revient le souvenir de la première fois où je l’ai siroté :  en regardant l’océan à mes pieds, assise sur un muret de pierres sèches. Le demi-pêche est aussi une musique, le fracas des vagues en contrebas s’est, ce jour là, insinué en moi. Le demi-pêche est une saison, celle des apéros, du ciel bleu, des jupes un peu courtes et des jours qui rallongent. Le demi-pêche, c’est les gens que j’aime avoir autour de moi.

Bref je déclare la saison du demi-pêche ouverte et c’est tant mieux, parce qu’on a eu deux chapitres de plus à fêter!

 

{Les secrets véritables pour faire durer un couple #2}

Aujourd’hui j’ai besoin de votre aide. Mais quoi ? Mais qu’est-ce? Il n’y aurait donc qu’un seul et unique secret? La communication ? Même pas en rêve que je vais le croire!

Je prépare un carnet sur l’art de faire durer un couple. Vaste sujet s’il en est. Admettez que je ne peux pas faire un carnet avec un seul secret….et puis, il faut qu’il soit humoristique (je dois rajouter des petites choses rigolotes sous chaque secret). Donc je garde votre idée de la communication mais pour que ce soit plus amusant j’ai choisi : secret 1: Parler. secret 2: Ne pas tout dire non plus, secret 3: Écouter. 

J’ai quelques secrets en stock (30) et notamment le premier de la liste « l’art de maîtriser les disputes », mais j’ai toujours pensé qu’il y avait  davantage de choses dans plusieurs têtes que dans une seule. Alors voilà, je vous le demande : quel est votre secret pour faire durer votre couple ? Ou dans un autre registre : Quel est le secret que vous auriez dû connaitre pour le faire durer ? Ou si vous préférez quel est le secret que vous auriez aimé ne pas connaître pour ne pas faire durer votre couple… il en faut pour tous les goûts, non ? Ok je sors!

Ce matin sous ma douche un souvenir m’est venu. Ma grand-mère disait « on tient un homme par la cuisine qu’on lui fait ». Bon, en vrai mon grand-père devait aimer autre chose que sa cuisine, parce que Maminette avait beaucoup de qualités mais pas celle de cuisiner! Alors j’ai cherché… « Et bien ma chérie, qu’elle m’a dit, pour faire durer un couple, ce serait déjà pas mal de faire l’amour non? ». Bon sang, mais c’est bien sûr!  Et bien vous savez quoi? j’avais tout simplement oublié  « faire l’amour » (et l’histoire de la cuisine aussi d’ailleurs) ! Incroyable non?

Après j’ai « s’occuper de l’autre » (Oui . Je sais. Sachant qu’un homme est toujours beaucoup plus malade qu’une femme, on aura compris à qui s’adresse ce secret) ou « faire des compromis »  parce que faire des compromis ce n’est pas changer d’avis, c’est orienter l’autre vers ce qu’on voudrait qu’il pense. A ce petit jeu je suis très forte!

Allez, c’est reparti, quels secrets font durer les couples ?

 

{La séance de sport}

Pour des raisons totalement indépendantes de ma volonté, je me suis mise au sport. Moi je suis celles qui suivent le vent. Il m’a dit « Chérie, on va se mettre au sport ». Je l’ai regardé droit dans les yeux. Bien sûr, j’imaginais qu’il avait surpris mes muscles qui pendouillaient et ma peau qui gondolait, mais il a dit « Ce n’est pas toi qui en as besoin, c’est moi ».

Je n’ai pas rétorqué, nous sortions d’une semaine compliquée. Surtout lui en fait. Il m’a dit « viens, on va là ». A 2 kilomètres de la maison. On passe devant tous les jours, plusieurs fois par jour sans s’être jamais arrêtés. Il faut croire qu’il nous avait fallu tout ce temps (et un coup de pouce de GrandeChérie).

Donc :  je me suis mise au sport. Inutile de m’applaudir, attendez un petit peu. L’important n’est pas que je me sois mise au sport, l’important est que je continue d’en faire.  L’année dernière à peu près à la même époque je vous ai pondu un article similaire. Je crois que je suis une maniaque du sport au printemps. Oui, je sais, l’année dernière  je n’ai tenu qu’un mois et demi. Mais (parce qu’il y a toujours un mais), je sens que cette année ça va être différent. Non, pas de soucis, allez-y je vous en prie. C’est bon, je peux continuer ? Vous avez terminé de rire ?

Je reprends donc.

Je vous disais que cette année ça allait être différent. Dans la vie il faut de l’espoir et comme vous le voyez, j’en ai en magasin. Alors, c’est parti pour les différences de l’année 2017:

  1. La salle. J’avais dit tout un tas de choses sur les salles : tous ces gens qui font la course au plus beau legging, plus belle brassière c’est pathétique, ça pue (non, pas du tout) y’a trop de bruit (tout à fait, mais c’est sans doute du à ma surdité) . Tant qu’à faire autant faire du sport à l’extérieur (c’est pas tout à fait faux). Je disais « Moi vivante j’irais jamais ». Ne jamais dire jamais!
  2. Le coach. D’à peu près mon âge (en vrai, plus jeune, mais c’est le plus âgé des coachs).
  3. Le corps du coach en question. Quand j’aurais envie de m’arrêter, je penserai à son corps et là, je vous le dis tout de suite : je vais continuer! Ah oui, vous imaginiez que e coach c’était un mec. Non, c’est une fille.
  4. La force de l’habitude (oui, j’ai décidé que j’aimais bien cette expression). Hier, j’ai travaillé mes abdos. Objectivement, je croyais que je n’en n’avais plus, qu’ils avaient disparu quelque part, dissous dans le jambon de Bayonne, la sangria ou les padrones . J’ai pensé que j’allais à nouveau souffrir, en redécouvrir des que j’avais oublié, mais rien de tout ça.
  5. Les courbatures : Quelqu’un de très gentil m’a soufflé le nom d’un truc homéopathique à prendre, sensé faire disparaitre les courbatures, truc que j’ai acheté illico. Ça marche du tonnerre ! Même, pas ouvert et rangé sur l’étagère, ça fonctionne. Les courbatures se sont arrêtées au bout de deux séances. Steph, ma coach, dit que ça n’a rien à voir avec le truc homéopathique que je ne prends pas mais que c’est parce que je fais très bien les mouvements (la force de l’habitude) et que je travaillais mes muscles avant (oui, mais quand? Je vous le demande) J’ai quelques doutes. Peut-être que mes muscles n’existent plus du tout en fait.
  6. Comptage, rapidité et intention Il y a encore quelques trucs qui perdurent. par exemple, Steph elle me dit quels mouvements enchainer.  » Et surtout, compte-les » qu’elle dit. Les sportifs, me suis-je dit, ils aiment compter parce que déjà l’année dernière il y avait une grosse importance dans le comptage des mouvements. « ça aide à tenir » a t-elle rajouté. Je suis une bonne élève, alors j’ai compté. Il fallait le faire jusqu’à dix, et tenir jusqu’à dix, c’était pas la mort non plus, mais à un moment, j’ai perdu le fil. J’en étais à 5 mais mon cerveau a compté neuf. je ne peux pas vraiment l’expliquer. Sans doute la zone de mon cerveau qui était censée compter mes mouvements était-elle la même que celle du mouvement en question.  Mon souffle s’est emballé, mes joues sont devenues rouges, j’étais à deux doigts de défaillir. C’est là qu’elle m’a dit « on s’en fout de la rapidité, ce qui compte c’est l’intention que tu mets dans le mouvement. Ralentis le rythme. » Bon sang mais c’était bien sûr. Ça changeait tout.
  7. Donner des petits noms aux exercices : Elle m’a parlé de squat, de crunch, de twist, de trx et de rpm. Mon cerveau s’est fait des noeuds (en fait je crois que c’est lui qui devrait faire du sport) et n’a  retenu que « crunch ». Il a imaginé le crunch craquer sous mes dents. Vous sentez l’effet que ça m’a fait ? Mais quezako que tout le reste. J’ai dû rouler mes yeux dans leurs orbites. « Ah oui, tu es vraiment novice m’a t-elle dit ». Je n’ai rien dit et surtout pas que j’étais sans doute en dessous du grade de novice. Genre, demeurée du sport.
  8. Le mental. Stéph, elle dit  que tout est une question de mental. « 10 crunch c’est possible ». Je n’ai pas voulu la démentir et me suis promis de croquer 10 carrés d’un coup, mais après les 10 trucs qu’elle me demandait de faire. A 6 j’ai cru défaillir. Mon sang a décidé, unilatéralement avec lui même de venir se loger dans mon cerveau.Est-ce normal d’avoir la tête qui tourne? « Nathalie L  avait décidé de faire du sport (enfin, son mari surtout). Pendant l’entrainement, au milieu d’une salle  et entourée de tout un tas de gens aux muscles saillants, la presque quinquagénaire (elle tient à préciser le « presque ») s’est effondrée sur son tapis de mousse au bout de sept crunch. La direction décline toute responsabilité dans la survenue de l’accident.  » Et pourquoi mon mental écrit-il des quatrièmes de couverture?
  9. Périnée, gaz et pipi: Diantre (ce n’est pas parce que je n’ai pas de muscle et que je ne sais pas compter que je n’ai pas de vocabulaire), elle m’a dit qu’il fallait que je me concentre, que je serre mon périnée que je retienne mes urines et mes gaz, mais j’avais pas envie de faire pipi quant à mes gaz,pas envie non plus (je n’ai jamais de gaz, je suis une princesse) c’est pour ça que je n’y arrivais pas ! (A t-on déjà vu une princesse faire du sport?)

Un problème majeur demeure : la salle. Parce que tout se passe à l’étage. Je n’ai pas de courbatures mais à chaque fin de session, je me demande si je vais encore savoir descendre les escaliers tellement mes jambes flageolent. Vais-je savoir passer l’embrayage. Garer ma voiture devant la maison. Remonter jusqu’au premier. Et prendre une douche. Ah oui, j’aime pas prendre les douches là-bas. Et puis aussi j’ai repris le yoga. Là bas. Et ça c’est chouette!

La salle c’est Océania, au forum à Bayonne. Merci à Steph pour sa patience (et mes fous rires) et Brigitte pour ses encouragements (et ses fous rires).

En passant je ne remercie pas ChériChéri qui n’est pas venu depuis une semaine.

Pic Bruno Nascimento

{Les femmes de ma vie}

Celles du premier jour, les nouvelles, les anciennes, celles de toujours, les virtuelles, les jeunes, les vieilles, les brunes, les rousses, celles qui dansent dans leur cuisine, qui prennent le métro, les Meredith Grey, celles qui mangent des graines, celles qui boivent des mojitos, celles qui jouent à la belote, celles qui jouent du violoncelle, celles qui peignent, celles qui photographient, celles qui adorent les cactus, celles qui croquent, celles qui plongent, celles qui courent, celles qui pleurent, celles qui rient, celles qui ont les cheveux courts, celles qui aiment le thé, celles qui ne boivent que du café, celles qui attendent, celles qui protègent, les sportives,  les jardineuses et les bricoleuses, les wonder woman, les dynamiques, les contemplatives, les working girl, les Daenerys Targaryen, les blogueuses, les ravissantes, les drôles, les émotives, les tendres, les passionnées, les râleuses, les maniaques de l’aspirateur, les Instagrameuses, les rigolotes, les adeptes du bio, les liseuses forcenées, celles qui coupent du bois, les chanteuses sous leur douche, les danseuses de samba, les randonneuses, les fans de comédie musicale, celles qui pleurent au cinéma, les agaçantes, les inventrices de recettes de cuisine, les engagées, les Desperate Housewife pour de vrai, les rebelles, les célibataires endurcies, les Mum to be, les aventurières, les pleureuses de larmes de crocodile, les éternelles rêveuses et les cœurs d’artichaut invétérées, les lève tôt et les couche tard, les stars de leur famille, les Caroline Ingalls, les porteuses de lunettes noires, les carriéristes, les écrivaines de leur vie sur Facebook, les mamans en cdi, les dévoreuses de cup cakes, les amoureuses à temps partiel, les marchandes de souvenirs, celles qui ont toujours un pied en l’air et la tête dans les étoiles.

A toutes ces femmes, à moi, à vous, à nous, je veux rappeler en ces temps étranges qu’il faut continuer à se serrer les coudes, à se regarder avec bienveillance, à respecter nos différences. A s’aimer, à éduquer les filles, à parler à nos fils, à se battre pour l’égalité dont on nous rebat les oreilles, l’égalité qu’on affiche au fronton de nos écoles, l’égalité si souvent bafouée sans que ça ne gène finalement personne. Ailleurs c’est la liberté qu’on bafoue, c’est la Femme elle même qu’on cache, qu’on nie, qu’on aliène.

La route est longue, rien n’est jamais gagné. Il suffit d’un coup de vent, d’un trump, d’un intégriste d’ici ou de là, bien pensant de son nombril, pour que de minuscules ou d’immenses droits nous soient retirés, à nous les Femmes et pour que des années soient balayées.

{Du gris}

C’était en Janvier 2016 que j’ai décrété que « non, je ne ferais plus de couleur ». Un an donc que ça m’a repris. Je suis une récidiviste, j’avais déjà tenté l’expérience il y a quinze ans. Et une rebelle. Ou alors surtout une rebelle.

Il y a des actes qui comptent dans la vie d’une femme. Plus encore peut-être quand son mari évolue dans la mode. Dans le milieu de la coiffure. Je n’irais pas jusqu’à dire que ce c’est un « acte fondateur » blablabla, mais quand même. Au fond, peut-être.

Il y a un an, j’ai donc décidé de ne plus faire de couleur.

Avant, j’étais blonde. Mes racines apparaissaient au bout de dix jours et ces quelques centimètres dans mon miroir m’agaçaient prodigieusement.   Vous allez me dire que j’exagère, que s’il y en avait une qui pouvait faire sa couleur quand bon lui chantait, c’était bien moi. Et bien non. Je ne l’entendais pas comme ça. Pendant douze longs mois j’ai assumé mes racines grandissantes et mes longueurs et pointes blondes. Régulièrement, il y avait quelqu’un pour me dire que ce serait mieux si je les coupais courts, si je faisais ceci ou cela. Mais je ne les ai pas coupés. Je les voulais gris et longs. J’avais un peu de mal à assumer le combo gris/courts, alors que tout le monde ne jurait que par lui. C’est encore là qu’intervient mon côté rebelle. On a les rébellions qu’on peut.

Je ne suis passée par aucun intermédiaire, ni mèches ni couleur platine. C’est vous dire. Je vous laisse imaginer le regard que me lançaient mes collaboratrices quand je rentrais dans un salon. J’ai patienté et parfois failli renoncer. Mais tout ça c’est terminé parce qu’au bout d’une loooongue année, mes cheveux sont gris. Pas blancs, juste gris, d’un savant mélange qui n’appartient qu’à moi. Et pas  trop courts, un carré un peu long et massif dans lequel je me sens bien.

Reste le problème de la moderie que j’ai encore du mal à adapter à ma nouvelle vieillerie. Pour l’instant je ne m’habille qu’en noir ou en blanc. Exit le gris, exit le doré, exit toutes les couleurs, je regarde même le rose dont j’ai enveloppé mon hiver en tordant le nez. Exit toutes celles dont j’aurais aimé m’enticher mais qui ne collent plus du tout. Ou pas encore. Je ne sais pas trop.

Parce que j’ai toujours un méchant doute quand je m’habille « est ce que je fais vieille, là, ou pas ? »

Bien sûr on m’a fait des réflexions. Certaines agréables, d’autres moins, mais aucune qui ne s’efface pas devant mon sourire coloré (oui, parce que maintenant je mets du rouge à lèvres (pas rouge) un homme ayant les cheveux gris m’a dit « mais qu’est ce que t’as fait à tes cheveux » j’ai répondu « La même chose que toi. Pourquoi tu me dis ça? Toi tu as le droit de les porter gris et pas moi? »/ « J’adore cette couleur, tu crois qu’on pourrait me faire la même ? »/ « Ça vous va drôlement bien, il faudra que j’en parle à Sylvie » (qui est rousse)/ « moi, je n’oserai jamais » (une femme de 70 ans  ayant les cheveux noirs de jais)/ « Tu veux ressembler à ta mère? »/ « Tu as bien fait de le faire tant que t’étais jeune parce qu’après c’est dur » / »Ouais, tu voulais juste qu’on te remarque! » (sans doute) /

Je me demande jusqu’à quand je vais les garder tel quel avant de repasser à la couleur. Oui, je me demande. Parce que souvent, femme varie.

Ho mais heu, j’ai fait un post sur la mode ou j’me trompe?

pic by Ariane L au Regina Hôtel et spa.

{This is us}

Je crois bien qu’il était temps que je vous parle de This is us. C’est The série du moment, au moins pour moi. Série que je ne partage avec personne, parce que je tiens à la regarder seule et en VO.

Pitch : « Selon Wikipédia, en moyenne 18 millions d’êtres humains partagent le même jour d’anniversaire à travers le monde. Mais il existe une famille, dispatchée entre New York et Los Angeles, dont quatre des membres sont nés le même jour ! Voici leur histoire drôle et émouvante…  »

Nous suivons donc quatre membres d’une même famille, ça on le sait parce qu’on a lu le synopsis (alors on les cherche). Et on se laisse entrainer par des personnages (une bonne dizaine) qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, ou pas grand chose pense t-on au début, qui fêtent leurs 36 ans et décident de changer le cours de leur existence et de faire ce qu’ils n’ont pas encore osé faire.

Une grande partie de l’intérêt de la série réside dans sa construction. On passe d’une époque à l’autre (aujourd’hui / 1980), sans bien le comprendre parfois, tout du moins au début, et ce n’est qu’à la fin du deuxième épisode que tous les morceaux se mettent en place.

Mais pourquoi donc est-ce que je vous parle de cette série?

Parce que  l’adoption y est abordée de façon assez juste (si, avant toute chose, on oublie les conditions de l’adoption, parce que je ne sais pas si c’est possible aux États Unis, mais en France ça ne l’est absolument pas). Celle-ci est vue du côté de l’adopté devenu grand et des questions qu’il se pose ou se posait enfant, des stratégies qu’il mettait en place et qu’il met encore en place :

  • la place des parents biologiques, la recherche des racines
  • les non-dit
  • trouver sa propre place
  • comment passer inaperçu
  • ne pas être « mieux » que les frères et soeurs biologiques, ne pas être « pire » non plus
  • la différence, la non ressemblance
  • le racisme

Mais je pourrais dire que ça aborde aussi la fratrie biologique face à l’adoption et les questions qu’ils se posent aussi.

  • pourquoi est-ce qu’on ne lui suffisait pas?
  • pourquoi il prend autant de place, pourquoi font-ils autant attention à lui
  • peut-il entrer dans notre duo

Et les questions de la mère.

  • le coup de la crème solaire ou de la coiffure
  • le référent masculin
  • et s’il ne m’aimait pas, et si je ne l’aimais pas
  • le choix du prénom
  • et tout un tas d’autres que je vous laisse découvrir (une à chaque épisode au moins)

Je pourrais dire aussi que ça aborde le problème de l’obésité avec une grande justesse.

Je pourrais dire que ça fait pleurer. Oui je pourrais. Mais je ne sais pas si ça fait pleurer quelqu’un d’autre que moi.

Je pourrais vous dire que j’adore Jack. Oui, j’adore Jack.

J’ai vu les 13 épisodes de la saison 1, et j’ai trouvé que le suspens des débuts s’émoussait un peu à partir du 9ème épisode. Le quatorzième épisode ne sera diffusé que le 7 février aux Etats Unis et quelques jours après en France. J’attends, donc. Et si vous la regardez, venez me dire ce que vous en retenez.

 

{C’est quand ?#1}

En ce moment les questions tournent en boucle dans sa tête. Au coucher, au lever, dans la douche, en se brossant les dents, dans la queue du supermarché. J’y réponds comme je le peux, une fois que j’ai repris mon souffle.

La nuit venait d’arriver, je m’affairais à la cuisine. Il avait grimpé sur le tabouret haut, posé son menton bien à plat sur ses deux mains. Il me fixait. J’attendais la sentence, je la sentais arriver par derrière le brouillard givrant qui mordait la fenêtre. Quand est-ce que tu as commencé à m’aimer m’a t-il demandé.J’ai fermé les yeux.Cherché mon souffle. Je sais que les réponses ne peuvent pas être anodines. Un « depuis le premier jour » ne lui suffira pas. Un « mais mon Chéri je t’ai aimé tout de suite » non plus. Tout de suite, quand on t’a appelé, tout de suite quand vous avez commencé à vouloir adopter, tout de suite avant même de commencer ou tout de suite, là maintenant. » Le problème est que mon tout de suite est flou. J’ai attrapé le saumon mariné dans la sauce soja, l’ail et le gingembre et écouté le crépitement quand je l’ai déposé dans la poêle. C’est fou comme on s’accroche à des choses futiles quand on veut prendre du temps.

Je sais pertinemment quand j’ai commencé à l’aimer. Le premier jour. C’était en 2008 au Cambodge, c’est là, que la première fois, j’ai senti son souffle dans mon cou. C’était à Angkor. Je ne savais rien, absolument rien de lui. Nous n’avions pas commencé notre voyage en Adoptie. Mais ce jour là, j’ai su qu’il existait. Lui et pas un autre. Un enfant de 4 ans qui n’y verrait pas comme je l’ai dit si souvent après alors qu’on me disait de me taire pour ne pas conjurer le sort.

J’ai eu comme un vertige, la première fois. Encore aujourd’hui je suis capable de ressentir les émotions ressenties alors. Je me souviens aussi de la deuxième fois. C’était le dernier jour de ce même voyage.  C’est ce jour là que j’ai commencé à changer jusqu’à devenir sa maman. C’était le 5 mars 2008. C’est ce même jour que j’ai commencé à l’aimer. J’ai continué à l’aimer le jour où le téléphone a sonné m’annonçant son existence, le premier jeudi où j’ai vu sa photo, le jour où nous avons donné notre accord sur le parvis de St Sulpice et aussi quand j’ai croisé son regard sur le parking de Ba-Vi, et qu’il a planté son œil marron dans le mien, certain qu’il y trouverait les réponses que je ne connaissais pas encore. C’est aussi  chaque matin qui débute et que je recommence à l’aimer plus fort que la veille. J’ai commencé à l’aimer de cet amour qui ne s’efface pas quand les années passent et que les petits s’estompent pour laisser la place aux grands qu’ils sont devenus. Je ne pouvais pas lui raconter ça, il voulait du sonnant et du trébuchant. Des faits.

La réponse ne venant pas, il a changé de stratégie. « T’as ressenti quoi quand on t’a appelé pour te dire que j’existais Mam ? »  J’ai essuyé mes mains sur le torchon accroché à la porte du four. Je suis sortie de la pièce, il m’a emboité le pas.

Alors, tout en haut de la bibliothèque je suis allée chercher le Livre. « Tu sais ce que c’est ce livre ? / Non / C’est le livre de ton attente et de ton entrée dans nos vies. » J’ai fait mine de le feuilleter. Il a soufflé. Je l’avais suffisamment fait attendre. J’ai ouvert le livre à la dernière page et lui ai lue.  Nous étions tous les deux assis sur le canapé du salon. Il a posé sa main sur la mienne à la fin de mon récit : « c’est vraiment très beau Mam, merci de m’aimer comme ça. »

Je n’ai rien dit d’autre. Je n’ai pas su quoi dire. Je l’ai pris dans mes bras. Il m’a serré fort contre lui, puis il a dit « je peux allumer la télé? »

A suivre : C’est quand #2

Pic by Gaelle Marcel