Une certaine idée de l’été

Il y a cette idée de l’été qui m’a effleurée hier soir en la raccompagnant à la gare. Du soleil, de la chaleur, de l’eau. L’odeur de la ville et sa trépidation.

Je me suis efforcée de voir au delà, parce que l’idée de l’été va au delà. Il y a du temps aussi. Celui que nous réapprendrons à laisser passer sans avoir peur de le perdre. Des paroles plus douces, des peaux dorées, des souffles dans mon cou pour me tirer de ma sieste. Il y aura cette maison, que nous aurons d’abord faite maison de vacances avant de qu’elle ne devienne maison tout court.

Il y a cette idée d’un apprentissage. Découvrir les routes nous menant d’un endroit à l’autre, apprendre à éviter les voitures agglutinées les unes aux autres, apprivoiser les routes sinueuses ou les toutes droites, celles où il fait bon flâner et dont nous ne savons encore rien, celles que nous connaissons déjà et que nous honnirons.

Il y aura cette nécessité d’apprendre la maison. Les bruits nocturnes que nous guetterons, le bruit du gravier sous ses pas à la nuit tombée, ou le bruit du parquet qui grince quand il faudrait dormir. Il y aura son odeur que nous apprivoiserons, et celles familières, dont nous l’envelopperons. Il y aura la révision des concepts basiques comme « vivre loin de/d’eux », « trouver sa place dans la douceur du soir » ou bien »est-ce qu’ils nous aiment encore quand on ne se voit plus. »

Il y aura des balades, des baignades, des cheveux plein de sel et du sable entre nos orteils,il y aura quelques soupirs et nos fou-rires, il y aura deux ou trois larmes et leur vacarme. Il y aura quelques inquiétudes « il va falloir parler tout doucement, et la musique? On va pouvoir l’écouter? » Il y aura des certitudes comme « ça va aller ».

Cette année, lorsque viendra la fin des vacances, nous n’aurons pas besoin de parcourir la maison pour ne rien oublier. Nul besoin de dénicher les souvenirs qui se seraient faits la malle sous le lit, pas la peine de fermer les volets, ni de débrancher le frigo.

A la fin de l’été, il y aura tous ces instants pendant lesquels chacun aura grandi. De la plus belle des façons. La sienne.

Grandir, pour continuer là où l’on s’était arrêté.

Amatxi

Si j’avais grandi là-bas plutôt qu’ici, Maminette ne s’appellerait pas maminette, mais Amatxi. Ma petite mère. Elle n’aurait pas non plus ponctué mon enfance de merveilles ou de crêpes cartonnées mais plutôt de gâteau basque fourré à la cerise et de fromage de brebis. Je crois, par contre, qu’elle aurait tout autant boulotté les éclairs au chocolat de ses anniversaires.

Parce qu’ Amatxi a fêté mercredi  ses 102 ans.

Elle nous attendait, sagement assise sur un immense fauteuil boudiné marron qui était  prêt à l’avaler toute entière et comme souvent elle portait sa veste couleur glycine. Nous arrivions à 9, sa tête a tourné un peu au rythme des vagues de bisous déposés sur ses joues. Elle se laissait faire, attendant que le dernier l’ait effleuré avec ses lèvres. Le dernier était une dernière. La dernière ce fut moi. J’en ai rajouté une couche « tu as le bonjour de GrandeChérie, du Gars en Or et de ChériChéri ». Elle me regarda avec de grands yeux tout petits. J’ai effleuré sa main dans un geste qui voulait dire, ce n’est pas grave si tu ne te souviens pas, elle a souri énigmatiquement, pour me faire croire qu’elle se souvenait. Ma grand-mère, elle a cette élégance.

On a chanté « Joyeux anniversaire » et elle a applaudi, on a ouvert les gâteaux et elle a souri, on lui en a donné une part, elle en a voulu une autre. Elle a trempé ses lèvres dans le champagne rose et a eu un frisson, ça ne l’a pourtant pas empêchée d’y revenir. Sans frissonner du coup. En douce, et j’imagine avec un sourire en coin pendant que nous repartions et que d’autres arrivaient, elle a dérobé deux éclairs au chocolat et a nié, comme un enfant boudeur, les avoir mangés.

Je ne lui ai rien dit de nos changements de vie, sans doute n’aurait-elle pas compris. Sans doute se serait-elle inquiétée. Sans doute nous aurait-elle traités de fous. Ou pas, parce que Maminette aimait suivre son étoile et m’aurait peut-être encouragé à en faire de même. Je ne lui ai pas dit non plus qu’il suffira qu’elle bouge un petit doigt pour que j’accoure. Ni que si elle renonce, un jour,  à faire la tombe buissonnière, je pleurerai comme si j’avais huit ans.

Parce que comme toutes les grand-mères la mienne est formidable.

Les travaux #2 (Forcément/Formidable)

Un gros mois que la démolition a commencé. ChériChéri et son acolyte étaient allés super vite. Vous vous en souvenez sans doute. Depuis 3 semaines, les travaux se poursuivent me dit-on. Me dit-on.

ChériChéri, tout content, décide hier que nous devrions aller voir l’avancée des travaux. Histoire de tourner la page (rapport qu’on a signé chez le notaire lundi soir et que depuis j’ai le coeur en miettes).

Que dirais-tu d’aller voir l’avancée des travaux? » Formidable! Sauf qu’il y a un truc que j’ai toujours du mal à maitriser : ma capacité à ne pas extrapoler. Si ChériChéri est si content de nous embarquer TOUS dans son voyage c’est que FORCEMENT les choses ont avancé! Forcément. Sauf que, règle Numéro 1 :un garçon n’est pas fichu de la même façon qu’une fille. Et ça n’a pas le même curseur de contentement non plus. Il faut croire que mon curseur est plus élevé. Ou que j’ai un tempérament rabat-joie?

« On a coupé les arbustes sur le côté pour pouvoir entrer le camion ». Super pensais-je, un truc que nous n’aurons pas à faire. Mon esprit s’emballe et voit, depuis ici, les arbustes coupés là-bas, la pelouse verte, l’allée toute jolie. Ouais, je sais, parfois mon esprit il ferait bien de la mettre en veilleuse. Les arbres coupés? A dix centimètres du sol ce qui fait que nous avons une magnifique plantation de bâtons qui ponctuent le jardin. La pelouse n’est que de l’herbe jaunâtre, et ils sont où mes hortensias?

« Pour pouvoir déposer les matériaux dans le jardin on a coupé la haie de derrière ». Formidable, depuis la chambre de PetiteChérie nous avons maintenant une vue plongeante et imprenable sur la cuisine du voisin. Au moins quand je n’aurais pas d’idée de dîner je pourrais toujours choper l’inspiration chez la dame.

« Et puis on a enlevé la gloriette. Regarde comme le jardin est grand maintenant ». Oui, effectivement la plantation de bâtons parait plus grande. Et moins abritée, et moins douillette, et moins…Ok je me tais.

« Ils ont démarré les travaux du dernier étage ». Vu que c’était déjà le cas il y a un mois, je me dis qu’ils ont avancé. Forcément. Genre que le plafond est peint et peut-être, je dis bien peut-être, que la peinture des murs est posée. Pourtant il y a un hic : je n’ai pas encore choisi la couleur. En arrivant à la maison, j’accroche mon sac au montant de l’escalier, et je file tout en haut (4 volées de marches) et ? Rien. Le plafond n’existe toujours pas, les murs ne vont même pas jusqu’en haut, et même que depuis la salle de bains des enfants il y a un trou et qu’on voit dans la rue. Formidable. Je pourrais même dire qu’ils ont bousillé mon sol (il parait que non, mais à ce niveau de la visite, ma mauvaise foi n’a plus de limite).

« Tu as vu? » Je me retourne et tourne sept fois ma langue dans ma bouche pour ne pas répondre un truc blessant. Puis comme on me l’a appris j’étire mes lèvres pour dessiner un sourire « il y a quelque chose à voir? »

-La salle de bains du haut, en fait elle fait, facile, un mètre carré de plus.

Mon esprit fomente une répartie genre: elle fait un mètre carré de plus, ça nous fait une belle jambe puisqu’elle  n’a pas de sol, pas de plafond et pas de murs la salle de bains du haut! Putain, tu vas faire comment? Mais je réponds « Ah oui, ça va être for-mi-da-ble! »

12 ans ont passé et nous en sommes au même endroit. Février 2002/Février 2016 : même combat. Nous avons commencé à rembourser un prêt MAIS nous n’avons pas de maison!

Ce matin en se levant, JoliPetitCoeur me dit : « pourquoi t’as dit oui pour cette maison? » Oui, pourquoi ? Je vous le demande…

Oui, je sais, 2016 – 2002 ça fait 14. On n’est pas forcée d’être bonne en maths? Hein?

 

#Margauxtherapy

Je vous ai déjà parlé de mon obsession du moment. Enfin, je crois que je l’ai fait, mais peut-être que ce n’est pas ici.Bon, alors je vais reprendre pour que vous compreniez.

En ce moment je suis donc obsédée. Non, pas la peine de vous laisser parcourir par un frisson, on a beau être le lendemain de la Saint Valentin, je ne suis pas obsédée dans ce sens là du terme. Non, en fait je suis obsédée par le fait de retrouver La minute.

Cette obsession n’est pas nouvelle mais elle a connu un regain d’intérêt par la faute  d’Antoine PAJE et de son livre Et elle me parla d’un érable, du sourire de l’eau et de l’éternité. Je ne connaissais pas le pitch du livre. Je ne savais même pas que quelqu’un d’autre que moi pouvait avoir avoir ce genre de préoccupation. J’avais choisi ce bouquin parce que je trouvais le titre top et l’illustration de la couverture, itou (ça veut dire pareil). A la lecture des premiers chapitres je me suis remise à chercher quand avait eu lieu la première minute.

Je me suis souvent posé ce genre de question, parfaitement inutile je dois bien l’avouer. Par exemple « à quelle minute précisément a t-on pris la décision de vendre la maison/de changer d’orientation professionnelle/d’adopter un petit bonheur/ou n’importe quoi d’autre? » Quelle est la minute décisive où tout a basculé. Est-ce parce qu’on a décidé/réussi à être à son écoute, ou bien cela tient-il à autre chose? Grandes questions que de partir à la recherche de l’élément déclencheur. Il y en a toujours un. Un papillon à l’autre bout de la terre, un Tsunami en Asie, un volcan en Islande ?

Donc, en ce moment, je me demande quand s’est produite La Minute qui nous a conduits jusqu’ici. Ailleurs, j’ai pu dire qu’il s’agissait du 27 août 2013 en revenant d’une visite chez un ophtalmo qui m’avait dit que pour JoliPetitCoeur, il nous faudrait déménager. Cependant nous aurions pu choisir Bordeaux ou Toulouse pour nous expatrier. Ce n’était donc pas la bonne minute.

Et puis, ce matin, je crois que je l’ai (re)trouvée en ouvrant un carton. Tout au fond du carton, elle y était. Je l’ai vue, elle scintillait. J’ai souri aux nombreux souvenirs qui remontaient à la surface comme de petites bulles qui explosaient contre mon front. J’étais allongée sur mon lit. La baie vitrée de la chambre entrouverte laissait entrer un petit vent printanier. Je tournais les pages du livre et découvrais amusée des situations de la vie basque qu’elle racontait avec tant de bonheur que je crus illico que tout était possible. Puisqu’elle avait réussi, peut-être pourrais-je moi aussi réussir. De l’autre côté de la cloison la vie battait son plein, la musique sonnait fort et leurs cris m’avaient contrainte à l’exil, dans ma chambre.

Je n’ai qu’à fermer les yeux et tout revient. Je fais durer l’instant, surtout parce que pour l’heure, je suis assise sur un canapé qui n’est pas des plus confortables, dans une pièce où rien ne me ressemble et qui fait écarquiller les yeux des copines de PetiteChérie quand elles pénètrent dans la maison pour la fête de fin de période.

Je souris à nouveau. La première minute est là, entre les pages de « La tectonique des plaques ». Tout ça, c’est la faute de Margaux Motin. Oui, tout le monde ne peut pas avoir Matthieu Ricard ou Christophe André comme mentor. A l’époque, j’en avais choisi une autre qui se prénommait Anna, mais c’est Margaux qui s’est imposée sans qu’elle ne fasse de bruit. Elle a creusé son sillon tranquillement. C’était en 2013 aussi. Il devait y avoir une conjonction de planètes cette année là. Un truc avec la tectonique des plaques, sans doute. GrandeChérie avait acheté le livre et je lui avais piqué. Je me souviens avoir ri. Mais ri à faire pipi à la culotte. Comme tous les livres que j’aime je l’avais refermé pour le déguster, sans pourtant réussir à tenir très longtemps. Et puis, je suis tombée sur une planche. Cette planche:

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Alors voilà, comme dirait l’autre, c’est peut-être à cette minute précise que tout a basculé, quand à la place du top marchant sur la plage avec sa petite fille, je me suis vue moi marchant dans le sable en suivant des yeux un petit garçon basané courant sur la plage.

Ce livre, je l’ai retrouvé ce matin au fond d’un carton qui n’aurait jamais dû atterrir dans notre transit. Ce matin je l’ai feuilleté, j’ai à nouveau ri. Et puis j’ai tout compris, quand la minute a roulé sur mes genoux. Il y a de ces minutes qui comptent. #Margauxthérapy

 

Les travaux #1

Avant, je veux dire en juin dernier, quand je l’ai rencontrée pour la première fois et que (naïvement) j’ai susurré sur son épaule « Oh, c’est formidable il n’y a presque pas de travaux. On va pouvoir l’habiter comme ça » (rapport à toutes les horreurs que nous avions déjà vues et pour lesquelles les travaux étaient obligatoires), j’avais une maison. C’est d’ailleurs pour cette raison (et le sol de l’entrée) que j’ai jeté mon dévolu dessus : il n’y avait pas beaucoup de travaux.

Le problème c’est qu’on n’avait pas encore signé le sous-seing, ni l’acte, ni rien. Le dérapage est survenu un peu plus tard, dès lors qu’elle a été à nous. Donc après le 22 décembre dernier. Et avant le 11 janvier. Comme un effet indésirable au mot « propriétaire » et dans un laps de temps assez court, pendant lequel je n’ai rien vu venir.

Et surtout pas que je suis aujourd’hui l’heureuse propriétaire de nombreux tas de poussières/gravats/lambeaux de murs de toutes sortes, murs entre lesquels il n’y a plus d’électricité (qui était la plupart du temps volante), ni de canalisations d’eau (en plomb), mais toujours avec ses carreaux de fenêtre « soufflés à la bouche, Chérie, ils sont trop beaux », qui laissent fort agréablement passer les courants d’air.

La première fois que je l’ai vue, elle était grande, elle était belle, elle sentait bon le sable chaud… heu non, pas tout à fait, mais si on se concentrait bien, que le vent soufflait du sud-ouest, et s’il n’y avait pas trop de nuages,  on pouvait discerner une petite (toute petite) odeur de marée. Au loin. Aujourd’hui, mon tas de gravats sent la poussière et le ciment.

ChériChéri est donc parti lundi soir pour lancer les travaux accompagné de notre Valérie Damidot perso. Il s’appelle Christian, Kiki pour les intimes (autant vous dire qu’en 16 salons et 3 maisons, nous sommes carrément super intimes, on ne compte plus les semaines que MonChéri a passées avec lui, à se cuisiner des pâtes au fromage et bouffer du saucisson sur le canap’ de Seignosse). Kiki n’avait pas vu la maison avant mardi dernier. On avait joué les rebelles super sûrs d’eux,  c’était peut-être un tort pensai-je en mon fort intérieur en ce mardi soir, quand je reçus les premières photos des travaux.

On me raconta alors, que le matin même, croquant allègrement dans un croissant au beurre offert par la communauté de biens qui nous unit ChériChéri et moi, Kiki avait fait un petit tour du propriétaire,  hoché la tête et caressé son menton, puis il avait remonté ses manches et il avait commencé.

Au départ, j’avais opté pour la version light du truc, histoire de pouvoir passer les vacances de février dans la maison pour m’accoutumer. « Il est important de pouvoir s’accoutumer pour mieux se projeter » avais-je argué à ChériChéri qui avait préféré se taire pour avoir la paix (on était au mois de novembre). Je crois pouvoir dire qu’à ce moment là, il savait déjà, mais il a jugé préférable de ne rien me dire. Et Kiki en a décidé autrement. Que ce serait-il passé s’il avait mangé une chocolatine ? L’histoire ne le dit pas. En tout état de cause, j’oubliais bien vite mes idées de vacances en février, et décidais illico que je m’estimerais heureuse de pouvoir flanquer dans un coin un sapin de noël en décembre prochain. Parce que cette semaine, ils ont attaqué la phase démolition.

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Le premier jour, j’ai pensé qu’à la vitesse à laquelle ils avançaient, ils auraient terminé le lendemain. Mais le mercredi on m’a dit « Ah bé, on n’a pas beaucoup avancé, c’est le jour 2… » Je ne posais aucune question, je ne savais pas s’il existait un adage concernant le 2ème jour des travaux, je ne voulais blesser quiconque, des fois que quiconque aurait laissé ses outils en plan, je ravalais mes questions et je pris mon mal en patience au rythme des photos que je recevais.

Ça prendrait du temps ? Ça me ferait toujours des vacances. Parce qu’il y a une vérité que j’ai déjà largement expérimentée : ça va toujours plus vite pour démolir que pour reconstruire et vu qu’ils ont démoli des trucs qu’on devait garder (les canalisations d’eau et l’électricité par exemple), je pense ne pas revoir mon mec avant trois mois.

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Avant

 

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Dans ce monde de brutes, je ne me lasse pas de regarder cette photo. Depuis l’entrée nous aurons une jolie vue sur le jardin (minuscule, autant qu’on en profite). C’est incroyable comme quelques murs en moins peuvent changer la donne.

Les inédits ne vont pas tarder à arriver. Désolée pour celles qui ont déjà lu l’histoire. Bises.

Les t’as pas peur #2 : Les embouteillages

Et donc voici la deuxième question la plus posée ever. « Houla la, et tu as pensé aux embouteillages ? Ça ne te fait pas peur ? »

Il faut dire qu’Ici, mis à part un ou deux endroits stratégiques (qui ne sont pas sur mon trajet) il n’y a pas d’embouteillages, et la plupart du temps, si on attend le deuxième passage du feu vert pour pouvoir débouler sur le rond point, on râle, si on attend quelques minutes au panneau stop de la RN, on râle, si on attend que la mamie de devant ait enlevé le frein à main qu’elle a mis sur le plat pour avancer, on râle.

J’avoue avoir eu quelques doutes quant à ma capacité à supporter les dits embouteillages estivaux Là-bas, ChériCHéri ayant toujours la réponse facile « T’inquiète pas, on achètera des scooters », ça ne me rassurait pas. Il a une tendance au déni qui m’irrite parfois.

La dernière fois que nous sommes allés Là-bas tous les deux, c’était en décembre, et nous avons effectivement eu à faire face à un ralentissement de la circulation. C’était à Urrugne, un troupeau de mouton (dit-on comme ça?) vaquait à ses occupations sur la route.

J’oublie volontairement les embouteillages croisés sous la pluie, alors que nous allions des Landes à San Sebastian, quand, comme tous les touristes, nous jouions aux moutons, puisque dorénavant, nous aurons le choix du jour pour nos périgrinations.

Ce que j’ai tout de même compris en discutant avec des amis ce sont ces quatre règles:

  • En Aout, Biarritz tu éviteras.
  • L’hiver, des chemins alternatifs tu découvriras.
  • L’été, ces petites routes tu emprunteras.
  • Pendant les congés, sous d’autres cieux tu vacanceras.

Je n’ai pas vraiment de réponse à la question des embouteillages, juste une vague idée « on verra bien ».

Photo trouvée sur le net, impossible de mettre la main sur la mienne (une histoire de disque dur dans un carton, mais lequel?)

Itinéraire bis

 

 

J’ai plusieurs obsessions dans la vie. En ce moment il y en a une qui prend le pas sur toutes les autres. Je cherche à retrouver La minute décisive. Celle après laquelle plus rien n’a été pareil. Je parle de minutes mais il peut aussi s’agir d’embranchements.

Certainement, la minute se trouve-t-elle  sur le tracé d’une autoroute qui me ramenait à la maison, tombée parmi les gouttes de pluie qui ce jour là inondait la chaussée plutôt que mes joues. A l’arrière JoliPetitCoeur ne disait rien. Il regardait par la fenêtre sans vraiment voir, le regard perdu quelque part entre le haut et le bas, demain et hier. Il n’avait pas compris les mots de l’ophtalmologue : « vous ne pourrez jamais élever un enfant tel que lui dans votre département. » J’étais prête à jurer l’avoir entendu ajouter « il mérite mieux », mais le médecin ne l’avait pas dit, me laissant digérer ses quelques mots.

C’était le 27 août 2013.

A mon retour j’avais raconté à ChériChéri la visite trimestrielle chez l’ophtalmo. Il s’était alors jeté sur selogerpointcom, certain qu’il découvrirait la perle rare : une maison nichée au bord de l’océan, battue par les vents et les terrasses dans le sable qui abriterait la suite de l’histoire.

Qu’il a été difficile de se décider à tout recommencer. Le temps avait beau pleurer sur mes carreaux , le vert s’inviter à ma fenêtre, les hortensias fleurir au jardin, j’étais persuadée qu’ils le faisaient mieux ici que là bas. Au Pays Basque. Ce pays était celui nos vacances d’été les jours de pluie (nous quittions alors la côte landaise pour pérégriner sous la pluie basque, elle était différente. Elle était mieux), mais pourrait-il devenir celui de notre vie quotidienne ?

Je me suis souvent demandée si j’hésitais parce que j’étais trop raisonnable ou parce que je manquais de courage. Manquais-je d’envie ou de rêves ? Comment font donc les autres, ceux qui déménagent tous les cinq ans ?  Etais-je bien sûre et certaine que je devais prendre cet embranchement, cet itinéraire bis ? Les « et si » revenaient en force me rappelant ceux que je collectionnais quelques années avant.  Je découvrais un autre pan de moi, le côté obscur de la force peut-être, cette partie de moi que j’appelle maintenant  « sédentaro-contemplativo-nostalgique (SCN) ». Une petite voix me disait pourtant qu’on ne doit jamais être trop raisonnable quand il s’agit de prendre un itinéraire bis.  Nous en avions laissé passer un  il y a plus de vingt ans, la vie n’offre pas trois fois une deuxième opportunité. Nous avons donc visité des dizaines de maisons, sans qu’aucune ne trouve grâce à mes yeux. Aucune ne tenait la comparaison avec la mienne. Aucune ne tutoyait l’océan, ni ne flirtait avec les embruns, c’était le moins que je lui demandais, puisque ma maison s’amourachait de chevreuils et qu’elle s’unissait au soleil levant.
L’hiver est arrivé, j’ai mis cette période entre parenthèse et me suis recentrée sur ma vie ici. Je suis revenue à mes minutes habituelles, celles que j’empilais brillamment les unes sur les autres pour passer d’un jour à l’autre sans trop de tracas.
ChériChéri n’a jamais abandonné l’idée. Pourtant d’autres lubies lui étaient sorties de la tête dans le même laps de temps : apprendre à danser le tango, faire de la randonnée, faire du sport , cuisiner une fois par semaine et voyager. Tout ça s’est envolé mais pas l’idée de déménager.  Il a encore visité des dizaines de maisons dont il ne me parla pas, certain qu’aucune ne me conviendrait. Il m’en a décrit certaines. Je faisais hum hum pour le décourager. Pourtant, je me souviens de toutes.
Un samedi de juin nous partîmes Là-Bas visiter quatre maisons. Carton plein pour la journée. JoliPetitCoeur assis à l’arrière ne disait rien, pour l’occasion il avait eu droit à un cadeau : une D.S, remède miracle pour obtenir le silence et laisser les parents deviser en paix.
La maison d’ici était vendue, et si je ne voulais pas être une SCNSDF* je devais me décider. La troisième que nous avons visité n’était pas celle de mes rêves, ni bâtie dans la ville dans laquelle j’imaginais voir grandir JoliPetitCoeur au début de l’aventure. La maison était simplement parfaite, idéalement placée dans la ville parfaite. Et elle avait un sol d’entrée parfait. Se peut-il qu’on tombe amoureux du sol de l’entrée ? Je peux vous garantir que oui.
Ce devait être une minute décisive ou bien l’embranchement idéal. Peut-être une conjonction particulière entre les planètes.
Quelques temps après, nous avons emmené les enfants découvrir la maison dans sa ville.
En goguette avec eux, je me pris à imaginer ce que serait notre vie si nous prenions cet itinéraire bis. Une voix fluette en laquelle j’avais une confiance absolue me souffla alors « la même, différente ». Elle sentait les glaces artisanales, le jambon de Salamanca, elle avait la couleur des façades des maisons en bord de Nive, celle du ciel bayonnais et le goût des jeux sur le sable.

Nous avons visité la maison une bonne dizaine de fois avant de nous décider : avec ou sans enfants, sans Stéphane Plaza mais avec Valérie Damidot, avec l’agent immobilier ou sans, en jean ou en tailleur, en baskets ou en talons, sous le soleil et rarement sous la pluie. Nous nous sommes projetés, avons cassé en pensée cette cloison là et monté celle-ci, ici.

Au bout de trois semaines de travaux sur lesquels je reviendrai plus tard, aucune de nos projections ne fonctionne.

Il allait encore falloir prendre un itinéraire bis. Et s’arrêter sur les bonnes minutes d’éternité.

Et vous, avez-vous pris ou manqué de ces Itinéraires bis parfaits ou vécu des minutes décisives ?

 

*sédentaro-contemplativo-nostalgique-sans-domicile fixe

(Désolée pour celles qui connaissent déjà l’histoire pour l’avoir lue ailleurs, sous d’autres mots. Merci d’être là aussi.)